mardi 7 juillet 2015

Cinéma : Microbe et Gasoil de Michel Gondry - Avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Diane Besnier et Audrey Tautou - Par Didier Flori

Crédit Didier Flori


La vie très ordinaire de Daniel ne fait pas rêver. Adolescent pré-pubère mal dans sa peau, une mère dépressive envahissante, Audrey Tautou, il se fait appeler "microbe" par ses camarades de classe et traîne avec un groupe de filles qui s’intéressent assez peu à lui. Notre jeune héros aurait bien besoin de s’échapper de la morosité de son quotidien. L’occasion de réenchanter son existence va lui être offerte par l’arrivée dans son école de Théo, un garçon astucieux et bricoleur surnommé "gasoil".





Au premier abord, tout relève d’une morne routine dans Microbe et Gasoil. Daniel se réveille au petit matin dans la chambre qu’il partage avec son frère, attend le départ de sa mère pour le travail puis va déjeuner seul et se recouche en attendant le départ de son père. Cette esthétique sobre du quotidien déroute de la part de Michel Gondry. Depuis le début des années 2000, l’ancien réalisateur de clips a en effet construit une filmographie où les espaces imaginaires ont une place de choix. Il nous a ouvert les portes de la mémoire et de l’inconscient avec Eternal Sunshine of a Spotless Mind et La Science des Rêves, avant de se laisser tenter par la comédie cinéphile bricolo (Soyez sympas, rembobinez), le film de superhéros (The Green Hornet) ou l’adaptation à l’écran de la poésie littéraire de Boris Vian (L’écume des jours). Cet imaginaire visuel foisonnant a pu éclipser la part de réalisme déjà présente dans l’oeuvre du réalisateur, qu’elle s’exprime dans des documentaires ou dans la chronique de The We and The I qui retrouvait l’effet de réel du cinéma de John Cassavetes.





Michel Gondry se trouve donc finalement en terrain familier, mais refuse cette fois ci de se reposer sur la béquille attrayante des effets spéciaux auxquels il nous a habitués. Il reste évidemment une composante de bricolage non négligeable dans le film. Les jeunes héros y construisent leur propre voiture, Gondry réalisant ainsi un projet de jeunesse qu’il avait abandonné. En dehors de ce véhicule incongru, le réalisateur dépouille sa mise en scène d’artifices et parvient ainsi à être au plus proche de l’émotion de ses souvenirs. Tandis que les objets et décors étaient le cœur de L’écume des jours, Microbe et Gasoil carbure plutôt à l’énergie communicative de ses jeunes acteurs. Ange Dargent est attachant en héros introverti et Théophile Baquet irrésistible en marginal charismatique.




Dans la première partie de son métrage, Michel Gondry porte un regard juste sur la difficile période de l’adolescence, qui rappelle par certains aspects la description crue qu’en donnait Riad Sattouf dans Les Beaux Gosses. Mais le film est vite gagné par la douce fantaisie de son auteur, comme lors d’une scène enchanteresse où Théo crée l’illusion d’une foule au vernissage de l’exposition de Daniel. La construction d’une voiture par les deux amis prépare le « road movie » champêtre de la deuxième partie. Accompagnée de la bande originale de Jean-Claude Vannier  qui évoque les années 70, cette aventure au charme suranné a la beauté des rêves d’enfant éphémères. Gondry en est conscient et livre un épilogue doux amer à son film, comme un retour nécessaire à la grisaille du quotidien. Daniel a grandi, il a perdu de son innocence d’enfant. Le spectateur, quant à lui, est reconnaissant à l’auteur de lui avoir rappelé la sienne.

Microbe et Gasoil de Michel Gondry
Sortie le 8 juillet 2015 
Avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Diane Besnier et Audrey Tautou


Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion qui l'anime au sujet du 7ème art.






2 commentaires :

auroreinparis a dit…

J'ai envie de le voir car c'est un Gondry, mais la bande annonce m'a séduite seulement moyennement ...

Caroline a dit…

Didier qui est un fan absolu avait l'air ravi. Mais je t'avouerai que la bande annonce m'a fait pensé à un film d'ado plus qu'à un Gondry.

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