vendredi 19 juin 2015

Paris : Cité du Figuier, des ateliers de métallurgie aux ateliers d'artistes - 104-106 rue Oberkampf - XIème



Dans le quartier de la Folie Méricourt, la rue Oberkampf est plus célèbre pour ses nuits endiablées que pour son charme. Cet ancien chemin rural se déploie sur un bras mort de la Seine jusqu’aux pentes de Ménilmontant marquées par ce qui fût la Barrière des Fermiers généraux. L’urbanisation, à partir de la fin du XVIIIème siècle se fait progressivement. L’agencement y est représentatif des rues-faubourgs de l’est parisien. Les constructions d’un ou deux étages avec commerce sur rue sont la règle. En marge du Faubourg Saint Antoine où le bois est travaillé, cours et arrière-cours abritent dès le début du XIXème siècle artisanat et petite industrie centrés autour de la métallurgie. Ferronniers, batteur d’or, chaudronniers s’installent dans des impasses, petites cités ouvrières typiques du XIème arrondissement. Ces cours intérieures irrégulières, mal pavées souvent très humides sont bordées d’ateliers érigés en matériaux légers, relativement bas et aux fondations peu profondes. Il est toujours surprenant de découvrir au gré de promenades quelques résurgences de ce vieux Paris que des riverains enthousiastes ont su à la fois préserver et réhabiliter. Au 104-106 rue Oberkampf se cache l’un des plus jolis secrets du quartier, la Cité du Figuier qui aurait bien pu disparaître sans la patience et la passion qui animent ses habitants.









A l’entrée, un grand immeuble de rapport construit pour loger les ouvriers qui travaillaient dans les entreprises de l’impasse, dissimule aux regards indiscrets et protège de l’animation perpétuelle de la rue une cour intérieure remarquable encadrée d’anciens ateliers. Un majestueux figuier accueille les visiteurs de cette desserte privée. Il a donné, il y a une quinzaine d’année, son nom à cette cité artisanale datant de la Troisième République - fin du XIXème siècle. Ici tous les habitants se connaissent et ont en commun l’histoire d’un sauvetage. Jusqu’en 1970, la cité est dédiée à la métallurgie. On y travaille notamment le cuivre. Avec la délocalisation de ces petites sociétés, l’impasse est progressivement abandonnée. Les acheteurs éventuels se font peu nombreux. La réhabilitation s’annonce difficile et les travaux très lourds avec des problèmes de sécurité, des murs éventrés, des locaux infestés par les termites, un chauffage absent. Le bruit incessant des derniers ateliers, pousseurs, emboutisseurs, scieurs et au fond du passage une casse de voiture n’incitent pas plus à tenter l’aventure.









Malgré cela au début des années 80, une nouvelle population s’y installe bien décidée à donner un nouvel élan à cette cité industrielle délabrée. Artistes et familles fuyant le quartier de la Bastille qui a subi une transformation radicale à la suite de la construction de l’Opéra, créent Cité du Figuier un nouvel espace semi-privé en réhabilitant le bâti. A partir des années 90, la gentrification en marche du quartier, processus long et discret dans la lignée de celui de la désindustrialisation, se fait sentir plus fortement. L’activité économique se modifie et se développe autour des secteurs émergents tels que les nouvelles technologies, la communication, la publicité, le design. La Cité du Figuier accueille des graphistes, une agence de presse, une association humanitaire. 






Impasse verdoyante, grande allée bordée de maisons individuelles, la Cité du Figuier a des airs de village heureux et paisible. Les locaux des anciennes entreprises transformés en ateliers d’artistes et habitations ont été repeints dans de chatoyantes couleurs par les riverains. Palmiers et massifs abondamment fleuris, figuiers emblématiques donnent à cette jolie cité ouvrière des allures de méditerranée sur fond de pavés très parigots. L’une des constructions les plus remarquables est une maison turquoise singulière dont les arcades proviennent de pavillons de l’Exposition Universelle de 1900.  Au fronton de celle-ci des détails de ferronnerie attirent l’attention. Il s’agit d’une frise représentant des éléphants gravés par les nouveaux propriétaires dans l’idée de renforcer l’impression orientaliste du bâti. Les volets chamarrés évoquent la nostalgie des maisons de bord de mer et les teintes du sud.







Quartier populaire devenu l’un des hauts lieux des nuits parisiennes branchées et repère de bourgeois bohèmes, Oberkampf conserve encore une nature cosmopolite où la mixité sociale joue un rôle prépondérant. La structure de l’espace urbain peu ou pas touchée par les grands travaux du XIXème siècle réserve de divines surprises au promeneur avisé. A l’écart des trop dignes immeubles haussmanniens ou de l’animation exubérante des grandes artères, les petites cités et passages de charme évoquent le Paris d’un autre temps. La Cité du Figuier en est un exemple des plus pittoresques. A découvrir absolument.

Cité du Figuier
104-106 rue Oberkampf - Paris 11

Bibliographie et sources :
Connaissance du vieux Paris - Jacques Hillairet - Editions Rivages
Oberkampf, évolution sociale d’un quartier - Léa Panigel - Editions de l’Odéon
Documentaire La Cité du Figuier - Renée Mazoyer - Gilmaz Production 2004

3 commentaires :

Julie a dit…

Wahouuuu qu'est ce que c'est beau... Un coin de paradis, pour ralentir un peu la vie. Je l'ajoute à mes endroits à voir!

Caroline a dit…

Ravissant et les riverains sont très aimables, ce qui n'est pas toujours le cas quand on visite ces petits trésors.

Liliana Couto a dit…

J'aime beaucoup les petites maisons comme celles-ci.

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