mercredi 13 mai 2015

Paris : Cour Damoye, l'esprit du Faubourg Saint-Antoine - XIème



A l’ouest des anciennes cours du Faubourg Saint Antoine où les artisans du bois et du fer prospérèrent jusqu’à la fin du XIXème siècle, la Bastille, ses terrasses bondées, ses pickpockets et ses hurluberlus avinés, fait aujourd’hui songer à une cour des miracles. Pourtant, il semblerait qu’elle ait la mémoire courte concernant les échoppes qui firent sa réputation. L’esprit du Faubourg a fait son deuil des ébénistes, menuisiers et ferrailleurs, artisans d’un temps révolu. Cependant, en aiguisant un peu son regard, en faisant abstraction du chaos de la ville ronflante et bourdonnante, c’est bien place de la Bastille que se dévoile au promeneur attentif un havre de paix verdoyant, joli clin d’œil au patrimoine parisien préservé. La cour Damoye dont l’entrée principale se trouve au 12 rue de la Bastille joue à cache-cache entre deux limonadiers sans charme. Curiosité architecturale, elle trottine sur 124 mètres de long parmi les glycines jusqu’au 12 rue Daval.  Alors qu’elle était menacée, dans les années 90, par des promoteurs désireux de la raser pour y faire pousser quelques vilains immeubles plus rentables, cette petite enclave pavée a été entièrement réhabilitée en respectant son architecture d’origine.









Pour en mieux comprendre la singularité, un peu d’histoire s’impose. En 1778, Antoine Pierre Damoye, riche marchand, quincaillier parisien achète un terrain dévolu jusque là aux entraînements des arquebusiers qui l’utilisent comme de champ de tir. Profitant du percement de la rue Daval en 1780, notre bourgeois, capitaliste avant l’heure, a l’intention de lotir la parcelle en y faisant construire des petits immeubles à vocation commerçante. Une opération immobilière très profitable dont la construction menée dans la continuité explique l’homogénéité architecturale de la cour. Les commerces et ateliers surmontés de logements qui s’y élèvent ne sont pas sans faire penser à ce que seront les passages couverts parisiens du XIXème siècle. La majorité des immeubles datent de cette époque même si la plupart ont été surélevés d’un ou deux étages.









La cour Damoye, aujourd’hui voie privative, a été rouverte au public en juin 1999. Visitable tous les jours de 9h à 19h, deux portails en fer forgé en condamnent l’accès le soir. Elle a conservé grâce à une rénovation méticuleuse quelques particularités qui valent le détour. Au rez-de-chaussée des immeubles, la forme caractéristique des façades, assemblage de poutres sur massifs en maçonnerie, rappelle ce que furent les devantures des commerces jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Un haut monte-charge métallique hors d’usage évoque le souvenir de son passé industrieux. La chaussée pavée joliment bombée n’est certes pas exactement d’origine mais elle suggère avec grâce une époque où le bitume n’avait pas encore recouvert les rues de Paris. On pourrait presque entendre le cahotement des anciennes voitures à cheval. 









Agences de communication ou de design, ateliers de restauration, galeries d’art ont remplacé les traditionnels commerces du quartier. Là où chiffonniers et ferrailleurs s’interpellaient dans l’animation bruyante de leur activité, il règne désormais une quiétude salutaire des plus plaisantes après la frénésie de la Bastille. Pimpante fraîcheur teintée d’histoire, charme bucolique et survivance de l’esprit Faubourg, il n’en faut pas plus pour me séduire.

Cour Damoye
12 place de la Bastille - 12 rue Daval - Paris 11
Métro : Bastille


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