mercredi 11 mars 2015

Théâtre : The Servant de Robin Maugham - Avec Maxime d'Aboville, Roxane Bret, Xavier Laffite, Adrien Melin, Alexie Ribes - Théâtre de Poche-Montparnasse - Paris 6

crédit Brigitte Enguerrand


Début des années 50, Tony jeune aristocrate indolent rentre d’Afrique où il a effectué quelques missions imprécises. Il s’installe dans le premier hôtel particulier qu’il trouve, vaguement laissé à l’abandon, où Sally sa pétillante fiancée, représentation parfaite de la petite snob de bonne famille qui se pique d’avoir de l’esprit et bientôt rejointe par Richard - meilleur ami de Tony le very good fellow par excellence. Alors qu’ils s’apitoient sur le délabrement de la maison parfaitement vide, ils poussent Tony, entre deux sorties dans le Swinging London, à trouver du personnel pour remédier à cette vie de patachon bohème. Barrett, valet idéal en apparence, d’une austère physionomie qui cache bien son jeu, plein d’initiatives et de déférences envers son employeur, est engagé. Peu à peu, il régente jusqu’au moindre détail de la vie de Tony. Avec intelligence et perversité, il prend l’ascendant sur son maître, renversant les jeux de pouvoir. Barrett fait alors embaucher Vera sa soi-disant nièce afin de l’assister. Sally et Richard sont lentement repoussés hors du cercle. L’atmosphère de plus en plus pesante et malsaine laisse pressentir une menace insidieuse.





La pièce de Robin Maugham, neveu de Somerset, est principalement connue pour son adaptation au cinéma en 1963 par Harold Pinter au scénario et Joseph Losey à la caméra. La mise en scène de Thierry Harcourt sobre, impeccablement maîtrisée permet d’exalter les opacités, les ambigüités des êtres, les déviances de leurs relations. L’intensité et la perversité de cette ronde emporte le spectateur dans cette danse échevelée pour son plus grand bonheur tout en frissonnant. Le huis clos étouffant éclairé par une lumière aux teintes crépusculaires recrée une atmosphère à la fois fascinante et révulsante. The Servant étude avec une minutie clinique les rapports de domination et la prise de pouvoir psychologique d’un être sur un autre jusqu’à le dépouiller de sa personnalité en flattant ses traits les plus faibles, les plus viles et les tendances suicidaires de cet aristocrate à la dérive rongé par l’ennui de sa vie de privilèges.


Crédit Louis Mazières
crédit Brigitte Enguerrand

L’interprétation tout en subtilité des comédiens renforce l’humour noir so british dont est teintée le texte et le sentiment glaçant du piège qui se referme implacablement. Expressions des frustrations, désirs inexprimés de pouvoir ou de soumission, l’intensité du jeu, la subtile direction des acteurs, font de ce moment théâtral une très belle réussite. Maxime d’Aboville en valet pervers, Janus au double visage est fantastique d’ambivalence. Tandis que Xavier Laffitte incarne avec un flegme dépressif ce sympathique aristocrate victime d’un spleen propre à sa classe. Adrien Melin interprète Richard avec élégance et vivacité. J’ai été moins emballée par les rôles féminins Alexie Ribes sonne un peu faux à force d’en faire trop dans son personnage de jeune femme trop gâtée par la vie et dont la voix haut perchée est légèrement agaçante d'autant que son accent snob est peu crédible. Roxanne Bret qui joue à la fois Vera et Kelly, les soubrettes coquines à la cuisse légères, faussement niaises mais franchement délurées, apporte une touche cocasse très boulevardière à cette pièce tout en clair-obscur.


crédit Brigitte Enguerrand

The Servant, pièce divertissante et angoissante est un thriller psychologique dont l’atmosphère nous happe entre délice et frisson. C’est avec une belle énergie et un plaisir contagieux que les comédiens visitent des abîmes mystérieux distillant un malaise insidieux tout en silence et non-dits. Une très belle soirée de théâtre, surprenante et captivante.

The Servant
De Robin Maugham - Traduction de Laurent Sillan
Mise en scène Thierry HARCOURT
Avec Maxime D’ABOVILLE – Roxane BRET – Xavier LAFITTE – Adrien MELIN – Alexie RIBES
Production Théâtre de Poche-Montparnasse

Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard de Montparnasse - Paris 6
Tél réservations : 01 45 44 50 21
Du mardi au samedi à 19h – dimanche à 17h30
www.theatredepoche-montparnasse.com





2 commentaires :

Vive la rose et le lilas a dit…

J'avais été impressionnée par le film mais ton billet donne envie d'aller voir du côté de ce théâtre :)

Caroline a dit…

Un Molière pour Maxime d'Aboville. Une excellente pièce et des comédiens impeccables.

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