mardi 20 janvier 2015

Cinéma : Wake in Fright de Ted Kotcheff - Avec Gary Bond, Donald Pleasence



John Grant (Gary Bond), instituteur dans un village de l’outback australien, s’apprête à passer ses vacances de Noël avec sa petite amie qui vit à Sydney. Il fait halte à Bundanyabba d’où il doit prendre son avion pour la côte, une bourgade minière rongée par l’alcoolisme, l’ennui et la violence. Alors qu’il rencontre le shérif local (Chips Rafferty), celui-ci l’entraîne dans une première nuit de beuverie jusqu’à un tripot clandestin. John perd tout son argent au jeu et manque son vol. Coincé dans cet enfer claustrophobique, sans échappatoire, pendant cinq jours, il s’abrutit dans l’alcool en compagnie de locaux patibulaires, soiffards aux mœurs malsaines dont l’hospitalité agressive ne cesse d’inquiéter.







Film culte encensé par Martin Scorsese, Wake in Fright a été présenté à Cannes en 1971 où malgré un succès critique, il fut largement rejeté à cause notamment d’une scène de chasse aux kangourous d’une violence inouïe. Chef-d’œuvre maudit de Ted Kotcheff, réalisateur de Rambo, il a été considéré comme perdu pendant près de quarante ans avant d’être retrouvé dans un laboratoire de Pittsburgh pour un retour sur la croisette en 2006 dans la sélection Cannes Classics.

A travers la descente aux enfers d’un blondinet pas très sympathique qui se laisse entraîner dans la débauche jusqu’à y perdre son humanité, cauchemar saoulographe, rugueux et détraqué, Ted Kotcheff met puissamment en images l’arrière-pays australien, la terrible solitude d’un environnement hostile et reculé. Fournaise poussiéreuse, lumière aveuglante, le bush procure une sensation d’étouffement, d’exiguïté malgré les paysages à perte de vue, espaces immenses et désertiques.







Le réalisateur porte un regard lucide et impitoyable sur cet univers essentiellement composée d’hommes qui se comportent comme des bêtes, englués dans des codes et des rituels d’une sauvagerie primitive, la chasse, l’alcool et la violence au centre de leurs existences sans âme. Répondant à un impératif de réalisme social, cette fiction hallucinée offre une plongée radicale dans une réalité crue et brutale digne d’un documentaire. Les acteurs habités par leur rôle, remarquable Donald Pleasence qui incarne Doc Tydon un médecin alcoolique franchement cinglé, donnent à cette communauté dégénérée une incroyable force naturaliste.





Film fou, nihiliste, presque kafkaïen, fresque suffocante à l’humour noir, œuvre esthétique et viscérale, Wake in Fright explore un monde retiré, aveuglé de soleil, baigné dans la cruauté sanglante, et s’y perd, ivre d’alcool et de violence. Bancal, cauchemardesque et dérangeant.

Wake in Fright : Réveil dans la terreur
Réalisation : Ted Kotcheff
Scénario : Evan Jones, d’après le roman Wake in Fright (Cinq matins de trop) de Kenneth Cook
Interprètes : Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay, Jack Thompson
Sortie en France 21 juillet 1971





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