mardi 27 janvier 2015

Cinéma : A Girl Walks Home Alone At Night réalisé par Ana Lily Amirpour - Avec Sheila Vand et Arash Marandi



Bad City, ville crépusculaire, dans les rues désertées de laquelle erre une frêle silhouette voilée. Il s’agit d’un vampire. Les hommes sont ses victimes, ange-vengeur féministe, elle veille sur le quartier. Tchador devenu cape, marinière et skate, la mort rôde. Au cours de ses traques, le monstre carnassier règle leur compte à ceux qui maltraitent les femmes. Tandis qu’elle observe les égarés de la nuit, dealer, prostituée, junky, enfant perdu, elle fait la rencontre d’Arash, jeune homme un peu paumé entre un père toxicomane et un béguin pour une belle indifférente. Il va révéler en elle une sensibilité, une part d’humanité et lui redonner foi en l’homme. 




 



Ana Lily Armipour évoque son pays d’origine avec la liberté et l’imaginaire débridé que seul l’exil de sa famille pouvait lui permettre. Métaphore sur la condition des femmes, les discriminations dont elles sont victimes, la lutte des sexes et plus largement la situation sociale en Iran, A Girl Walks Home Alone At Night est un conte poétique et hypnotique dont la beauté visuelle, l’esthétisme poussé à l’extrême fascine. A la lenteur du temps suspendu, cette œuvre chorégraphique oppose le rythme d’une bande-son très réussie entre pop 80 et électro.

 «C’est comme si Sergio Leone et David Lynch avaient donné naissance à un bébé rock’n roll iranien et que Nosferatu avait rempli le rôle de baby-sitter pour cet enfant» déclare la réalisatrice. Cadrage magnifique, lumière superbe, montage elliptique, suggèrent la nature fantastique du vampire avec une économie d’effets remarquable. Film d’atmosphère à qui pourrait être reproché la minceur du scénario, Ana Lily Armipour signe un long-métrage graphiquement inspiré dans une ambiance de western post-apocalyptique sur fond de paysage industriel, raffinerie et puits de pétrole.




La réalisatrice joue avec les codes du cinéma indépendant. Cependant, la profusion de références visuelles, pop culture et cinéma de genre, notamment Jim Jarmusch et David Lynch ou encore Sin City, fait parfois un peu trop penser à un exercice de style. Maîtrisé avec grâce certes mais qui vire au maniérisme altérant les moments de lyrisme. L’esthétisme extrême que la platitude des dialogues dessert trouve ici ses limites.

Etrange, envoûtant, pas tout à fait réussi, A Girl Walks Home Alone At Night captive autant qu’il peut ennuyer. A moins de n’adhérer sans frein aux partis pris forts de la réalisatrice, de se laisser gagner par les ambiances trippantes ce film aux images obsédantes.   

A Girl Walks Home Alone At Night
Sortie le 14 janvier 2015
Réalisatrice : Ana Lily Armipour
Interprètes : Sheila Vand, Arash Marandi, Mozhan Marno





2 commentaires :

Marianne Ciaudo a dit…

J'avais envie de le voir mais j'avoue que ta critique me fait hésiter. J'ai l'impression qu'il faut être dans les bonnes dispositions pour apprécier.

Caroline a dit…

Personnellement, j'ai beaucoup aimé même s'il n'est pas tout à fait réussi. Par contre, Monsieur qui m'accompagnait a détesté. Je pense qu'il aurait préféré aller voir Taken 3. ^^

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