samedi 26 juillet 2014

Paris : Mongolian, statue monumentale de Hong Biao Shen affectueusement surnommée "le gros tout nu" par les étudiants de la Sorbonne - Vème



Rue Soufflot, dans la perspective du Panthéon, se dresse depuis janvier dernier, un imposant bronze représentant un lutteur des hautes terres de Mongolie. Cette œuvre monumentale interpelle par sa stature et la plénitude de sa silhouette explicitement virile. Intitulée Mongolian (Standing Position), il s’agit d’un don de l’artiste Hong Biao Shen, à la Sorbonne-Panthéon afin d’exprimer sa gratitude envers l’Université où il a étudié et soutenu sa thèse en 2007 sous la direction du Pr Eliane Chiron enseignante à l’UFR 04. Thèse qui avait pour thème « Le punctum comme hors champs. Une poétique du choc dans la sculpture chinoise contemporaine ». Je viens de checker sur Wikipédia le punctum, est la formule littéraire pour évoquer le champ de vision. Je me coucherai moins bête.


 


 





Aujourd’hui sculpteur reconnu et professeur à l’Ecole des Beaux Arts de Luxun en Chine, Hong Biao Shen s’est intéressé de près à la question de la présence du hors champs au cœur du Tao, des arts chinois, de l’artisanat et de la culture musicale mongole. Artiste sino-mongole influencé par l’héritage de ses deux cultures parentales, il a focalisé son attention sur la dimension créatrice générée par le choc entre les individus et leur environnement. Hong Biao Shen cite volontiers comme source d’inspiration ayant marqué son œuvre les dynasties Han et Wei chinoises ainsi que la nature mongole, les traditions locales et l’artisanat de la steppe.

Mongolian (Standing Position) coulée en 2009 ne fait pas dans la demi-mesure. Une tonne de bronze pour près de 4 mètres de haut. A travers la dimension monumentale de l’œuvre, il faut voir une  évocation de l’immensité de la steppe mongole mais également un reflet de la vie de l’artiste à la croisée de deux civilisations. Installée le 23 janvier 2014, rue Soufflot, après un voyage de 45 jours en bateau depuis Beijing, l’apparition de la statue n’a, dans un premier temps, pas été expliqué. Aucun indice hormis la signature de l’artiste. Sous le regard de l’artiste avec la complicité du président de la Sorbonne Philippe Boutry, elle a trouvé sa place conservant tout son mystère et faisant jaser tout Paris. Nadia Jacoby vice présidente de la communication de l’Université avoue avec humour que cette énigme lancée à la population avait pour but de créer un buzz autour de l’arrivée de ce curieux invité.
 






En attendant de lui trouver un emplacement définitif, le site de la Sorbonne à Bourg-la-Reine est souvent évoqué, Mongolian est devenu en peu de temps une sorte de porte-bonheur pour les étudiants qui l’ont découvert au moment des partiels de janvier et le surnomment affectueusement le gros tout nu, clin d’œil à la série Friends. Un succès tel auprès des sorbonnards qu’une pétition circule afin que le lutteur de bronze soit maintenu en place. Car le trottoir où le gros tout nu a élu domicile porte à controverse. Les esprits chagrins trouvent que sa nudité épanouie ne sied guère au gardien du tombeau des Grands Hommes. Tournant le dos au Panthéon pour lui offrir son profil le plus rebondi, la statue présente également ses fesses à l’église Saint-Etienne du Mont et à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Les pudibonds pourraient y voir offense en semblant oublier les classiques nus antiques qui ornaient les monuments les plus importants.

Mongolian (Standing Position) n’en est pas à sa première polémique. Bronze vagabond, il a tout d’abord été installé au Mercedes Benz Arena à Shangai, au Alibaba Headquarter à Hangzhou puis a fait un petit tour en Australie ou encore en Indonésie. Devant l’Ecole de Management de Guanghua à l’Université de Pékin, il s’est trouvé face à une statue de Confucius où sa présence a paru déplacée puisque professeurs et élèves ont exigé qu’il prenne ses quartiers dans un lieu plus discret et jugé plus adéquat. Aujourd’hui à Paris, il réjouit les touristes qui se prennent volontiers en photo à ses côtés, osant des attouchements pas toujours de très bon goût. J’ai assisté à des séances de pelotage fort curieuses notamment de la part de représentants ibériques. Ca tâte le jambonneau avec allégresse du côté de ces dames, ça palpe le service trois pièces avec componction chez ces messieurs - admiratifs peut-être de tant de vigueur - tandis que les enfants portent sur le gros tout nu, le regard bienveillant et salutaire de l’innocence. Je ne sais ce que vous en pensez mais je le trouve assez émouvant cet athlète mongole hors norme, hors de nos critères de beauté avec son petit côté Botero loupé. Alors que vous semble ? Mongolian (Standing Position) on le garde rue Soufflot ou on l’expatrie en banlieue ?

Mongolian (Standing Position) un bronze monumental de Hong Biao Shen
Rue Soufflot - Paris 5




3 commentaires :

Vive la rose et le lilas a dit…

Merci pour ces éclaircissements ! Personnellement, après plusieurs interrogations durant la contemplation de la statue du Comptoir du Panthéon, j'en arrive à vouloir qu'elle prenne le large (vers quelle destination, peu m'importe).

Caroline a dit…

Je le trouve plutôt sympathique pourtant. :)

Anonyme a dit…

Pour ceux qui se demanderaient où il a finalement été déplacé : il n'est pas très loin, dans un site de Sorbonne Université : dans le jardin derrière l'Institut de Géographie, dans le Campus Pierre et Marie Curie, rue St Jacques / rue Curie ! :-D

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