lundi 28 juillet 2014

Lundi Librairie : La ferme africaine de Karen Blixen



Entre 1914 et 1931, la baronne Karen von Blixen et son époux dirigent une plantation de café au pied du Ngong à quelques encablures de Nairobi au Kenya. Le mari peu doué pour les affaires disparaît rapidement pour laisser la gestion de la ferme à sa femme puis ils divorcent en 1922. Malgré l’aide financière de la famille demeurée au Danemark, Karen Blixen devra renoncer à son rêve et abandonner l’Afrique qui fut pour elle le continent de la passion et de l’amertume, de la joie et du désespoir. Du très beau récit autobiographique intitulé La ferme africaine, Sydney Pollack aura tiré un non moins superbe film oscarisé en 1986, Out of Africa. Et tout au long de ma lecture, c’est la voix de Meryl Streep telle qu’elle résonne dans le film qui m’a conté ce texte envoûtant.

Au-delà de la dimension romantique mise en avant par le réalisateur et que l’auteur évoque avec infiniment plus de pudeur. De Denys Finch Hatton, le grand chasseur, l’homme au cœur pur, guide des puissants durant leurs safaris, elle ne parle que dans des termes dans des termes d’amitié plus suggérés que réellement formulés, tandis que le mari infidèle ne fait qu’une très brève apparition.

La ferme africaine retrace la mémoire des instants précieux, les souvenirs radieux et douloureux idéalisés par la nostalgie et la plume éblouissante d’un grand écrivain. A travers la vie quotidienne de la plantation sur laquelle vivent les tribus ancestrales, les Kikuyus, les Masais, les Somalis, Karen Blixen dresse le portrait d’une Afrique Orientale où malgré la colonisation anglaise, elle dévoile la nature précieuse des lieux et des hommes, véritable hymne d’amour à cette terre brûlante de beauté, de cruauté, violente et fascinante.

En évoquant le souvenir de ces dix-sept années passées au Kenya, l’auteur révèle avec une profonde humanité son attachement aux populations. D’une voix unique, une musique singulière et puissante à l’instar de ce continent auquel elle dédie cette ode vibrante, elle décrit l’harmonie innée des populations africaines avec la nature. A travers le récit de son quotidien autour de la plantation de café, elle exprime toute sa tendresse et sa propre fascination pour la diversité culturelle des ethnies qu’elle côtoie, traçant de nombreux portraits poignants, Farah, Kamante, le chef vieux chef Kikuyu Kinanjui, Berkeley Cole.  

La magie des paysages, les grands espaces, l’enchantement de la faune silencieuse, sous une plume affutée, ciselée non dépourvue d‘un certain lyrisme prennent vie comme une invitation au voyage, au merveilleux, comme l’écho d’un paradis perdu dont la troublante poésie mêle la sensualité de l’Afrique, sa tragique beauté, ses mystères, sa férocité et la rigueur scandinave. Une puissante évocation, riche de cet amour que l’auteur porte aux indigènes et à ce continent, un récit éblouissant d’une poésie folle. L’existence hors du commun d’une femme intègre, éprise d’absolu, un absolu auquel l’Afrique aura donné ses traits.

« Moi, je sais un hymne à l’Afrique, un chant sur les girafes allongées et sur le clair de lune, sur les charrues dans le sol et les visages luisants de sueur des cueilleurs de café. Et l’Afrique, sait-elle un chant sur moi ? L’air vibre-t-il jamais d’une couleur que j’ai portée, y a-t-il un jeu d’enfant où mon nom ressurgit, la pleine  lune jette-t-elle sur le gravier de l’allée une ombre qui ressemble à la mienne ? Les aigles du Ngong me cherchent-ils parfois du regard ? »

La ferme africaine de Karen Blixen - Nouvelle traduction du danois de Alain Gnaedig - Editions Gallimard - Collection de poche Folio



2 commentaires :

Irrégulière a dit…

J'aime tellement le film que j'ai un peu peur d'être déçue...

Caroline a dit…

Livre sublime. Je crois que je l'ai encore plus aimé que le film alors qu'Out of Africa est l'un de mes classiques préférés. N'hésite pas une seule seconde. D'ailleurs tous les textes en voix off du long métrage sont en fait des passages sans modification du livre.

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