lundi 30 juin 2014

Lundi Librairie : Un aller simple de Didier van Cauwelaert



Trouvé dans une Ami 6 Citroën accidentée alors qu’il était bébé, Aziz a été adopté par des Tsiganes des quartiers nord de Marseille. Sans papier par les voies du destin, il se promène avec des faux lui conférant la nationalité marocain et Irghiz comme ville natale imaginaire. Alors qu’il arrête l’école à 11 ans, il continue de rêver dans un atlas offert par un vieux professeur. A 19 ans, il s’est reconverti dans le trafic d’autoradio. Amoureux de Lila, une gitane fiancée à un autre, il voit ses rêves se réaliser quand celui-ci décède dans un accident. Il va pouvoir l’épouser. Mais au cours des fiançailles, la police fait une descente et l’arrête pour un vol qu’il n’a pas commis tandis que sa belle-famille soulagée de se débarrasser d’un gendre qui n’est à leurs yeux qu’un gadjo, un étranger, laisse faire sans moufter. Son faux permis de séjour périmé et sa bonne tête photogénique font d’Aziz le candidat idéal pour illustrer les nouvelles méthodes « plus humaines » du gouvernement concernant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Les médias sont convoqués et un attaché humanitaire chargé de son dossier.

Jean-Pierre Schneider est en fait un obscur fonctionnaire du service de presse du Ministère de l’Intérieur. Il a pour mission de rapatrier Aziz dans son pays d’origine et de l’aider à se réinsérer. Alors que notre faux clandestin est pris de compassion envers son guide totalement paumé, il décide bien que n’ayant jamais mis les pieds au Maroc de lui raconter une belle histoire sur son village natal inspirée des légendes extraites de son vieil Atlas. Il sera l’un des derniers représentants des hommes gris, une tribu du Haut-Atlas. Emballé par la fable que lui raconte Aziz, Jean-Pierre décide même d’écrire un livre sur leur périple rocambolesque à la recherche d'une contrée inventée à laquelle il croit dur comme fer.

Souvent burlesque, ponctué de scènes loufoques, ce récit émouvant rédigé d’une plume alerte, fluide presque orale, entraîne le lecteur au-delà des clivages moraux et des clichés. Des cités gitanes, au désert marocain jusqu’aux hauts-fourneaux lorrains, Didier van Cauwelaert fait preuve d’une belle empathie envers ses personnages dépassés par une réalité bancale. Sans pathos, ni misérabilisme, il évoque les dérives de nos sociétés contemporaines, l’absurdité des situations que vivent les plus démunis aux frontières du cadre légal.

Histoire humaine, conte moderne, Didier van Cauwelaert détourne les codes et aborde les sujets d’actualité en faux-naïf. D’une situation dramatique, à l’apparente banalité, il tire une fable moderne sur les conditions des immigrés et les travers de l’administration  française. Destins croisés de personnages hauts en couleur, attachants, c’est avec une légèreté ironique teintée de poésie que l’auteur déploie une riche histoire d’amitié et de tolérance, toujours avec tendresse et bienveillance.

Un aller simple de Didier van Cauwelaert - Editions Albin Michel - Collection de poche Le Livre de Poche - Prix Goncourt 1994



2 commentaires :

Irrégulière a dit…

Je l'aime énormément, même si pour moi ce n'est pas son meilleur !

Caroline a dit…

J'ai beaucoup aimé même si pour l'instant La maison des lumières reste mon préféré.

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