lundi 14 avril 2014

Lundi Librairie : Trois jours chez ma mère de François Weyergans



Trois jours chez ma mère est l’histoire d’un écrivain, François Weyergraf, double récurrent de l’auteur, qui n’arrive pas à écrire Trois jours chez ma mère. Genèse d’un roman impossible à enfanter. Tout dans la vie quotidienne du narrateur le détourne de son projet littéraire : insomnies, procrastination, les projets qui n’ont rien à voir dans lesquels il s’engage mais qui n’aboutissent pas plus, les visites des huissiers, les femmes qu’il croise et celles dont il se souvient. Il voudrait terminer ce livre hommage à sa mère et lui rendre visite mais il ne trouve pas la force, n’ose plus, recule devant la tâche, passe des nuits blanches à rêvasser, à boire du thé vert en écoutant Bach, touche des à-valoir sur des ouvrages qu’il promet mais n’écrit jamais, rédige de longues lettres et des fax à ses amis, au Trésor Public, à sa banquière.

A travers ce roman, à l’humour ravageur, François Weyergans rédige un traité de velléité entre désespoir, mélancolie, esprit frondeur et autodérision. Il dresse le portrait d’un écrivain un peu gauche, cavaleur, rêveur lunaire, désabusé poursuivi par ses obsessions, les livres qu’il a lus, ceux qu’il n’arrive pas écrire, la musique, les voyages, les films, la psychanalyse, le sexe. Avec un art maitrisé de la digression, il rédige le roman d’un roman qui se refuse à naître. Histoire d’un rendez-vous manqué avec l’œuvre, récit des affres de la création littéraire. Et quand Weyergraf invente Graffenberg qui crée alors Weyerstein, le vertige de la mise en abyme saisit le lecteur tandis que l’auteur exprime les liens complexes qui l’unissent à son ouvrage. Le double qui est autre, les détails de la vie réelle qui nourrissent la fiction.

François Weyergans nous initie aux délices de l’école buissonnière, aux angoisses du procrastinateur, à la folie douce du démiurge littéraire. Il rend également un hommage vibrant à la mère, personnage solaire dont l’amour insolent de la vie perdure malgré ses 91 ans et que tout oppose à son fils anxieux cafardeux par nature. Hédoniste parfois roublard, discret, désenchanté, l’écrivain souffre, fume trop, bois à l’avenant mais finit par arracher son roman à l’angoisse et au néant malgré la douleur de s’en séparer en le couchant sur papier. Un voyage fascinant à travers les arcanes de la création.

Trois jours chez ma mère - François Weyergans - Editions Grasset - Collection de poche Folio - Prix Goncourt 2005

4 commentaires :

Gloria a dit…

Tu me donnes très envie de le lire!!!
Bisous

Caroline a dit…

Je l'ai beaucoup aimé :)

mademoiselle A a dit…

Je ne connaissais pas mais j'ai véritablement envie de l'acheter!

AuroreInParis a dit…

Tu as une très belle écriture, ton article est très beau !
Je l'ai lu il y a quelques années, tu me donnes envie de le redécouvrir !!

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