lundi 20 janvier 2014

Lundi Librairie : Apocalypse bébé de Virginie Despentes




Valentine Galtan ado rebelle, énigmatique, camée à la sexualité triste et débridée a disparu. Ces parents, des bourgeois un chouilla caricaturaux, déboussolés, engagent Lucie enquêtrice apathique et sans talent pour retrouver la fugueuse. Débordée par ce cas, démotivée par son travail au sein de l’agence de surveillance privée, elle fait appel à « la Hyène » pour l’aider, mercenaire experte en bas fond, lesbienne décomplexée, professionnelle inquiétante et violente.  S’en suivent de multiples péripéties de Paris à Barcelone, de la banlieue la plus sordide aux milieux intellectuels germanopratins, des cercles littéraires à la Movida espagnole version saphique trash.

La plume brutale, le style incisif, le verbe ciselé, Virginie Despentes n’a pas son pareil pour brosser en quelques mots trempés au vitriol des portraits plus vrais que nature de losers magnifiques sur le chemin de la rédemption. La trame de l’enquête perd rapidement de son intérêt mais le roman se rattrape dans une galerie de portraits, personnages haut en couleur, marginaux parfaite illustration d’une époque stéréotypée. Les embardées de ces accidentés de la vie nous content le monde selon Despentes, à la fois plein de complaisance mais également de flamboyance, à grand coup de crocs, de griffes, de subversion plus qu’assumée. Le regard porté sur les êtres est d’une finesse que dénonce un style cru, qui dénude les chairs à vif.  

Virginie Despentes se lance dans le polar corrosif et cruel où elle mêle sexe, drogue et désespoir. La structure boiteuse dessert  l’efficacité générale de ce thriller. A chaque chapitre, l’auteur offre la parole à un personnage différent, les rendant tout à tour aimables, détestables, jouant sur l’empathie et la diversité des regards, l’impertinence ou la passivité des caractères. Les êtres à la dérive sont son fond de commerce. Chacun flirte avec l’abîme, ce qui laisse apparaître de vagues clichés du roman branché à la sauce Bret Easton. Et comme l’auteur n’est pas avare d’une ultime provocation la fin improbable est un pied de nez à la forme classique du roman policier. Instantané pas forcément bien cadré d’une époque.

Apocalypse Bébé  de Virginie Despentes – Editions Grasset – Prix Renaudot 2010



2 commentaires :

Paristempslibre a dit…

ioh ca afit longtemps que je me dis que je veux lire despentes!!!
prochaine lecture?
bise

Caroline a dit…

Ce n'est pas forcément mon préféré de Despentes mais je suis une inconditionnelle. Je te conseillerai plutôt BY bye Blondie ou les Jolies choses pour débuter voire le très sulfureux Baise-moi.

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