samedi 2 novembre 2013

Théâtre : Le Nazi et le Barbier - Théâtre du Petit Hébertot - 78 bis, bd des Batignolles - Paris 17



Dans un long récit confessionnel, Max Schulz, bâtard mais aryen pure souche comme il aime à le rappeler, raconte sa trajectoire d’ignoble salaud. Violenté par son beau-père, le gamin mal-aimé trouve refuge dans le salon de coiffure de ses voisins juifs, les Finkelstein et de leur Itzig qu’il considère comme un frère. Alors qu’Hitler prend le pouvoir, Max adhère au parti nazi par conviction et s’engage dans les SS. Affecté dans un camp d’extermination en Pologne, il se transforme en un génocidaire exemplaire. Il va jusqu’à assassiner son ami d’enfance ainsi que toute sa famille. A la fin de la guerre, pour échapper à la justice, il usurpe l’identité d’Itzig et se fait passer pour un rescapé de la Shoah. Il s’embarque pour la Palestine où comble de l’ironie, il devient sioniste fanatique et "héros" de l’indépendance. 



Adaptation théâtrale du roman culte d’Edgar Hilsenrath - la critique est ici -, le texte foisonnant, cru, alterne situations triviales et scènes d’horreur pure. La parole est donnée au bourreau dans une tragédie qui a tout de la farce. L’Histoire et le grotesque se mêlent dans un univers truculent qui ne renie ni provocation ni vulgarité. Viol, meurtre, crime contre l’humanité sont traités avec le même réalisme sans fioriture, une violence glaciale exprimée sur le ton débridé de l’humour noir. Il faut rire de tout même de la mort, seule la mémoire est sacrée. 





Sur scène un fauteuil de barbier, une enseigne au néon, quelques accessoires, jeu de sons, de lumières et le talent de David Nathanson, talent de conteur, d’interprète. Il nous livre une formidable performance dans laquelle l’émotion affleure toujours derrière la verve grinçante. Les métamorphoses identitaires successives du personnage tout en ruptures de ton et de jeu renforcent l’intensité dramatique d’une mise en scène nerveuse, intelligente et sobre qui repose sur l’énergie du comédien. Cette pièce complexe et sulfureuse, poignante et dérangeante est une ode vibrante, iconoclaste à la mémoire de l'Holocauste dont le spectateur ressort bouleversé. J'ai souri, j'ai versé des larmes, j'ai été profondément émue. Je ne saurais trop vous conseiller d'y courir au plus vite.

Le Nazi et le Barbier
Théâtre du Petit Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles - Paris 17
Du jeudi au samedi à 19h
Mise en scène : Tatiana Werner
Adaptation et jeu : David Nathanson
Lumières : Anaïs Souquet


4 commentaires :

linneagotbeauty a dit…

coucou

trop noir , et encore plus je crois de voir sur scène une telle horreur...voir sur grand écran, je crois que c'est différent, c'est poignant, sombre,mais sur scène c'est voir les personnages en live, terrifiant....

Gladscope a dit…

Bonjour !

Je découvre votre blog grâce aux GBA, félicitations pour votre sélection !
Je n'ai pas fini de me perdre sur vos pages...

J'ai vu le Nazi et le Barbier à Avignon cette année, et je crois que l'horreur du propos a eu raison de moi. J'ai été plus dérangée que bouleversée, mais je reconnais la force du texte et du jeu de David Nathanson.
Connaissez-vous le blog qu'il a tenu à Avignon d'ailleurs? J'aime beaucoup le ton...
http://avignon.blogs.liberation.fr/theatre/2013/07/

AuroreInParis a dit…

Tu m'as totalement convaincue, ce genre de pièce hyper émouvante tout en sachant rester caustique ça me plait !

profplatypus a dit…

Je l'ai vu au festival d'Avignon cet été et je compte bien y retourner à Paris tant j'ai trouvé cette interprétation magistrale !

Share this

Related Post