lundi 18 novembre 2013

Lundi Librairie : Le Chameau Sauvage de Philippe Jaenada



J’ai lu pour la première fois Le Chameau Sauvage de Philippe Jaenada en 1997, lorsqu'il reçut le prix de Flore. J’en avais gardé le souvenir d’un livre agréable et drôle mais sans avoir pourtant eu l’envie d’approfondir plus loin que le suivant, Néfertiti dans un champ de canne à sucre.  
Dernièrement, j’ai beaucoup entendu parler de cet auteur. Il semblerait qu’il existe une sorte de secte des adorateurs de Jaenada. Les critiques dithyrambiques m’ayant mis la puce à l’oreille, l’envie m’est venue de relire ce roman, à l’origine de toutes les addictions. Aurais-je manqué quelque chose ? Etais-je alors trop absorbée par la littérature classique pour apprécier un brillant contemporain ? Bref où vais-je, qui suis-je, dans quel état j’erre ?

Philippe Jaenada est un écrivain tragicomique qui met à jour, aux travers de ses écrits, l’absurdité loufoque de nos petites vies tranquilles. Son récit nous emporte comme sur une mer démontée, au gré des pérégrinations du narrateur, Halvard Sanz, trentenaire parisien, anti-héros attachant, maladroit et poissard. 

Pour avoir voulu porter secours à un petit vieux hargneux à la sortie d’un bar, Halvard est poursuivi par la police. "Laissez les jeunes s'attaquer aux vieux, c'est une loi de la nature !" Il croise, au détour d’une rue, "trempée des pieds à la tête, une fille ruisselante" un tabouret cassé à la main, tombe follement amoureux, perd sa trace et tente désespérément de la retrouver. Cette quête est prétexte à des rencontres farfelues, des scenarii improbables, des aventures dramatiques contées sur le ton de l’humour. La trame de l’histoire est mince. Les digressions improbables rendent ce roman, délicat à résumer.

Halvard porte un regard faussement naïf sur le monde qui l’entoure et les situations burlesques dans lesquelles le plonge l’imagination débridée de son créateur l'assaillent de part et d'autre. Il y oppose toute la force de son autodérision, toute la maladresse de ses hésitations intimes. "Ne réfléchissez pas trop, c’est décevant ". 

Faconde débordante, tergiversations saugrenues entre projections des possibles et souvenirs passés, Philippe Jaenada écrit comme on pense. Il suit les méandres de la voix intérieure. Les phrases longues au style pourtant aérien sont rythmées par des parenthèses et des tirets, mise en abyme perpétuelle. Une idée chasse l’autre dans un foisonnement de digressions jubilatoires.

Le style est marqué par l’inventivité de la langue, le goût de la métaphore, l’allégresse du verbe et l’art du mot juste. Il s’agit d’un premier roman et cette verve généreuse prend à l’occasion des proportions monstrueuses. Quelques longueurs au début du livre pourraient notamment rebuter les moins littéraires. Mais la densité de l’écriture est un plaisir savoureux. Si parfois l’auteur s’éparpille, il ne perd jamais son lecteur.

Le Chameau Sauvage – Philippe Jaenada – Editions Julliard - Collection de poche J’ai Lu - Prix de Flore 1997

Share this

Related Post