lundi 23 septembre 2013

Lundi Librairie : Laisse Couler de Mavis Gallant



Paru en 2003 en France, le recueil de nouvelles Laisse couler est une œuvre assez représentative du talent de Mavis Gallant. L’écrivain canadien de langue anglaise née à Montréal en 1922 vit à Paris depuis 1950. Nouvelliste reconnue pour la précision de sa plume, elle collabore régulièrement avec The New Yorker

Elle apparaît comme la plus européenne des auteurs canadiens. Sa relation avec le vieux continent est souvent comparée à celle qu’Henry James entretenait. Il est régulièrement question d’expatriés dans ses nouvelles, de personnes qui doivent trouver leur voie dans un monde auquel ils n’appartiennent pas, dans lequel aucune place ne leur est réservée et dont ils ne maîtrisent pas tous les codes sociaux. Elle s’interroge sur la complexité du sentiment d’appartenance, du lien aux racines géographiques comme intellectuelles.

Les trois nouvelles qui composent Laisse Couler dressent un portrait de Lily et Steve à trois âges de la vie. Leur rencontre à l’adolescence au Canada avec en toile de fond, les dissensions entre Catholiques et Protestants, anglophones et francophones, puis jeunes mariés au bord de la rupture lors d’un voyage en Italie et enfin à l’aube de l’âge mûr dans le sud de la France. Mavis Gallant évoque le péril qu'il y a à devenir adulte, les conflits intérieurs auxquels nous confrontent la société, les désillusions, les frustrations jusqu’au renoncement de soi. 

L’art singulier de la nouvelle impose un rythme spécifique à chaque histoire. Les destins entraperçus, les impressions concentrées, des morceaux de vie comme des instantanés. L’auteur dresse très finement  la psychologie de ses personnages. Il lui suffit d’une anecdote, d’une simple réaction à une situation pour qu’apparaissent les zones d’ombre et de lumière, qu’une silhouette en creux prenne vie et qu’une voix claire aux intonations particulières s’élève. 

La nouvelliste promène sur le monde un regard tendre plein d’ironie légère. Elle semble ressentir une affectueuse indulgence pour les petites lâchetés, les ratés de ses personnages. Mavis Gallant dépeint avec subtilité la dimension tragicomique de la vie, les frontières entre les individus générées par le carcan social, religion, éducation, origines, sexualité. Ces récits sont empreints d’un humour délicat, d’un subtil désenchantement, peut être tout simplement de lucidité et d'une pointe d’esprit pour rendre la réalité moins cruelle. 

Laisse couler de Mavis Gallant – traduit de l’anglais par Aymeric Erouart – Editions Rivage  (poche)

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