lundi 2 septembre 2013

Lundi Librairie : Charly 9 de Jean Teulé



Jean Teulé retrace avec sa verve et son humour décomplexé les deux dernières années de la brève vie de Charles IX, bouffon tragique, monarque déchu qui à 22 ans, ordonne le massacre de la Saint-Barthélemy n’épargnant même pas son conseiller l’Amiral de Coligny qu’il appelait père. Immature, inconséquent et trop faible pour résister à sa mère, la terrible Catherine de Médicis, il ploie sous la pression de cette dernière et en août 1572 commandite l’assassinat des chefs protestants réunis à Paris à l’occasion du mariage de sa sœur Marguerite et de Henri de Navarre sous prétexte de déjouer un complot huguenot. Complot inventé de toute pièce. Ce carnage sanglant perpétré lors d’une époque marquée par les guerres de religion horrifie toutes les cours d’Europe à l’exception du Vatican.

Charles IX accablé par le poids de sa faute sombre dans la folie, hanté par les milliers de morts. L’auteur retrace la descente aux Enfers de ce roitelet rongé par le remord et la maladie qui perd peu à peu la raison et multiplie les extravagances, les signes d’aliénation, égorgeant de ses mains chien familier, bétail, gibier, traquant le lapin de Garenne dans les appartements de sa maîtresse, organisant des chasses à courre dans les galeries du Louvre. Afin de résoudre le problème des famines qui décime son peuple, il va jusqu’à décider de frapper lui-même de la fausse monnaie pour remplir les caisses du royaume. Ses obsessions pour la mort, la violence et la cruauté, ses pulsions morbides marquent la fin d’un règne désastreux. Deux ans après avoir envoyé à la mort plus de 3000 protestants, physique ravagé par la démence, il décède dans de mystérieuses conditions suant du sang par tous les pores.

Livre court, ramassé, bref récit baroque,  Charly 9 évoque le destin tragique de l’avant-dernier des Valois, un jeune homme manipulé par sa mère qui lui préfère son cadet Henri Duc d’Anjou futur Henri III et qui chercha toute sa vie à travers ses fils à assouvir son désir de pouvoir. Dans cette biographie romancée, la précision historique, la fidélité aux faits est nuancée par la liberté du romancier.

Jean Teulé rédige la chronique d’une époque en évoquant avec talent le chirurgien Ambroise Paré - épargné lors de la Saint-Barthélemy, les poètes de la Pléiade Pierre de Ronsard et Jean Dorat et multiplie les anecdotes historiques. Il rappelle notamment que c’est Charles IX qui instaura le jour de l’An le 1er janvier au lieu du 1er avril. Aux joyeux anachronismes de langue, notamment le sobriquet Charly 9 dont il affuble le monarque se mêlent interjections truculentes, rabelaisiennes. La dureté du sujet prend une dimension troublante sous l’impulsion d’un style léger à l’humour mordant, noir très noir. Le cocasse et l’horreur se côtoient dans un tourbillon menant à la folie, au néant.

Moins dense que Le Montespan ou Je, François Villon, probablement moins riche aussi, Charly 9 parvient tout de même à ressusciter une période particulièrement sombre de l’Histoire de France en lui donnant l’épaisseur de la chair et de la vie. Un roman moderne, une fresque cruelle fascinante.

Charly 9 de Jean Teulé - Editions Julliard - Collection de poche Pocket

4 commentaires :

surletagere2 a dit…

J'avais beaucoup apprécié le côté plus "leger" de ce livre. J'avoue que le récit de la prise de décision du massacre de la Saint Barthelemy m'a fait hurler de rire!

The Girls On Fire a dit…

Je l'ai pas lu celui là ! Mais j'aime beaucoup ce type de roman.
J'avais dévoré Marie Antoinette de Stephan Zweig ! 500 pages en 2 jours !
Mais elle est très bien écrite cette revue !! Tu diras à l'Homme que c'est Lui qui a LU avec ses pieds !!! ;D Bizzzz

Anonyme a dit…

superbe article. Je vais l'acheter et lire. Bravo

Caroline a dit…

@ surletagere2 : C'est tout à fait ça. Jean Teulé arrive à rendre cocasse des événements abominables. De l'humour très noir.

@ TGOF : Zweig est beaucoup moins truculent dans le genre. C'est Prune qui m'a donné celui-ci. Elle n'a pas réussi à aller au-delà des 20 premières pages tellement ça l'a saoulé. Quant à Monsieur, depuis le temps j'ai l'habitude des vannes. Il est désagréable par nature cet homme là mdr

@ Anonyme : Bonne lecture. J'espère qu'il te plaira.

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