lundi 19 août 2013

Lundi Librairie : La première chose qu'on regarde - Grégoire Delacourt



Arthur Dreyfuss, 20 ans, est mécanicien dans un petit village de Picardie. Un petit village où tout le monde ressemble vaguement à une star hollywoodienne. Son patron a des airs de Gene Hackman et lui-même serait le sosie de Ryan Gosling « en mieux.» Arthur, gentil gars honnête, a eu une enfance difficile marquée par la mort de sa petite sœur dévorée par un doberman et la disparition inexpliquée de son père, événements douloureux qui ont plongé sa mère dans l’alcoolisme et la folie. Un soir, quelqu’un frappe à sa porte. C’est Scarlett Johansson. Tout du moins son double, la plantureuse Jeanine Foucamprez, infortunée créature dont les attributs physiques ont dès son plus jeune âge attisé la concupiscence des mâles en rut et fait de sa vie une longue succession d’expériences malheureuses. C’est le coup de foudre.


Grégoire Delacourt nous prend pour des jambons ! Dans La première chose qu'on regarde, il reprend tous les éléments qui m’avaient horripilé dans le roman précédent La liste des mes envies (la chronique est ici) - empathie feinte envers les petites gens, bons sentiments mielleux, éloge de la banalité, formatage dans une tentative de séduction qui se rapporte à du racolage - mais cette fois les ficelles sont moins bien dissimulées. Les efforts qu’il déploie pour rédiger un roman à ambition populaire sont par trop flagrants. Comme une méchante envie de crier : je vous l’avais bien dit !

Sur fond de fascination pour la célébrité, un univers Voici / Public, miroir aux alouettes qui empoisonnent la vie des gens simples, Grégoire Delacourt se lance dans une diatribe bien pensante contre le poids des apparences ponctuée d’aphorismes navrants de fadeur. La beauté, cette malédiction ! Entre émotions bon marché et érotisme light, il ne nous épargne pas une copieuse dose d’humour graveleux, gauloiseries de bon aloi. Arthur voue un culte aux gros seins ce qui nous vaut de longues pages d’un goût douteux sur les melons, les pastèques, les attributs felliniens ou russ meyerien.

L’auteur enchaînent les clichés, les jeux de mots très limite et les situations grotesques - mièvrerie insoutenable de la scène pseudo romantique au supermarché. On retrouve ces personnages fragiles qui ont traversé les deuils, les turpitudes de la destinée avec courage sans perdre espoir et qui rêvent de lendemains souriants. Ils sont bien braves et méritants.

Entre poncifs sentimentaux et fausse connivence marketée avec le lecteur, La première chose qu'on regarde est le bref récit d’une histoire d’amour insipide que Grégoire Delacourt, toujours épris d’un idéal de vie modeste clé du bonheur, présente comme une grande passion pleine d’une poésie authentique, que cela soit du Céline Dion ou du Jean Follain. Poésie qu’il ne tient qu’à nous de faire surgir dans notre propre existence afin de sublimer la médiocrité du quotidien. Sirupeux à souhait. Indigeste au possible.

La première chose qu'on regarde - Grégoire Delacourt - Editions JC Lattès

2 commentaires :

HumourGloireBeauté a dit…

Je n'étais pas venue à bout du premier roman qui m'avait d'abord amusé avant de m'ennuyer profondément pour les mêmes raisons que toi. Je n'achèterai donc pas celui-là. Il parait que Scarlett (enfin ses avocats américains) a porté plainte conter l'éditeur pour utilisation abusive des droits de personnalité...

Caroline a dit…

Aux Etats-Unis, les noms sont des marques. Ca ne m'étonne pas que Scarlett et ses avocats s'en soient mêlés. J'ai lu une inteview de Grégoire Delacourt qui était très surpris de la réaction de l'actrice. Il pensait plutôt qu'elle l'inviterait à prendre un café pour discuter du livre. Voilà un écrivain fort satisfait de sa prose... Ce qui confirme mon idée du manque de sincérité de ses deux derniers livres.

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