lundi 22 juillet 2013

Lundi Librairie : La femme riche de Patrick Besson




Michel, apprenti tueur à gage engagé par l’intermédiaire de Roland étrange personnage paradoxal, accepte d’éliminer la femme d’un célèbre chirurgien esthétique. Il est question d’une série de contrats à venir pour lesquels il faudra tuer des femmes et uniquement des femmes. Alors que le mystérieux premier commanditaire ne demande que de supprimer Nathalie Forest dont le spadassin moderne, erreur de débutant, tombe rapidement amoureux, Michel en guise de préliminaires s’exerce sur d’autres victimes choisies au hasard. Le mystère de cet ancien banquier reconverti en tueur de dames et dont on ignore les méthodes demeure intact jusqu’à la moitié du roman. La véritable prouesse de Patrick Besson est de tenir jusque là sans révéler l’arme du crime ni les motivations de cet insolite assassin.

La femme riche procède d'un registre singulier, celui du thriller sexuellement parodique dont le suspense haletant et les rebondissements redoutables emportent le lecteur d'une traite jusqu’à la dernière page. Patrick Besson nous livre un roman noir qui ne se prend pas au sérieux, satire de la bourgeoisie post révolution sexuelle dont le sujet, la comédie des rapports hommes-femmes est habilement servi par un style décapant plein d’intelligence où cruauté et drôlerie rivalisent dans une succession d’aphorismes délicieux et grinçants. « Je ne suis pas une femme, je suis une femme riche. » « La nuit, Paris sent bon car tous les gens qui sentent mauvais sont rentrés dormir en banlieue. »

Ce roman habilement construit en trompe-l’œil, concis, d’une efficacité redoutable, laisse transparaître la jubilation de l’auteur à subtilement berner son lecteur à travers une architecture magnifiquement maîtrisée, un récit dont l’intrigue s’achève en coup de maître sur un épilogue inattendu. L’écriture élégante, alerte, sert un sujet qui n’est ni facile ni original : l’amour et l’ineptie du sexe sans sentiments. Ce singulier voyage au cœur des passions humaines est comme un rappel à l’absurdité de la vie dans laquelle jouir et mourir ne sont finalement qu’une seule et même chose.

Entre désillusion et manipulation, l’observateur subtil de la société qu’est Patrick Besson constate la fin du romantisme emporté par la décadence des mœurs qu’il souligne d’un fiel délectable, d’une ironie cinglante teintée de cruauté. L'auteur, styliste insolent de talent, manie la dérision comme nul autre. La femme riche est un roman noir mais également un roman d’amour qui hésite entre l’impertinente sotie et la glaçante tragédie moderne.

La femme riche de Patrick Besson - Editions Albin Michel - Edition de poche Mille et une nuits



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