mercredi 5 juin 2013

Théâtre : Qui m'aime me nuise - Théâtre de Nesle - 8 rue de Nesle - Paris 6


Qui m’aime me nuise se joue dans l’une des salles intimistes du Théâtre de Nesle et l’atmosphère particulière de cave parisienne est comme un clin d’œil aux speakeasies de la prohibition américaine, bars clandestins dans lesquels dès la première scénette du spectacle nous entraîne Dorothy Parker (1893-1967). Ecrivain, journaliste, scénariste, poète (bref je ne vous fais pas une notule) son regard acéré porté sur la société et son brillant esprit cinglant ont fait les beaux jours de la presse des années folles de Vanity Fair au New Yorker et du tout Hollywood des années 50.




La silhouette de celle dont le surnom était The Witt se profile, incarnée par Mélodie Exteandia tout en intelligence corrosive et élégance caustique. La plume audacieuse mêle esprit acerbe sans concession et autodérision, laissant poindre un certain désespoir, une profonde solitude derrière cet humour féroce. La comédienne qui est également adaptatrice manie l’univers de Dorothy Parker, hors norme, scandaleux, provocant avec beaucoup de naturel et une subtilité rare. Et de la subtilité, il en faut ainsi que du coffre pour faire face au piano jazzy d’Antoine Karacostas. Ils incarnent à eux deux les mots de Parker dans un intense échange entre deux formes d’expression qui se trouvent un vocabulaire commun, propos musicalisé pour lui restituer un souffle vivant, lui redonner chair et en revitaliser le sens. 




Dès l’entrée en scène, Mélodie Exteandia se lance dans une logorrhée haletante rythmée par la musique. De mondanités huppées en cocasses aventures noctambules jusqu’aux poèmes de la série Hymnes à la haine, Dorothy Parker n’épargne personne ni les auteurs de théâtre à la mode, ni les hommes qu’elle est amenée à côtoyer ni ses rivales. Le cabaret jazzy sied merveilleusement bien à l’humour cinglant, à l’esprit mordant du texte recréant en quelques notes des ambiances mondaines, les mouvements d’humeur des personnages. Une mise en scène originale à la sobriété efficace. Le spectateur y croit et se laisse embarquer au gré des tribulations infortunées de la très désabusée miss Parker. Son humour assassin fait mouche, ses piques spirituelles sont fatales. Et l’on sourit souvent avec un pincement au cœur devant tant de mélancolie désenchantée exprimée sur le ton de la bagatelle acidulée.

Qui m’aime me nuise - spectacle musical de la Compagnie Du Jeu dans les Charnièr(e)s
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle - Paris 6
Réservations : 01 46 34 61 04
Prochaines représentations : vendredi 7 juin à 19h, dimanche 9 juin à 17h et lundi 10 juin à 19h

*photos Morgane Launay : http://www.morganimage.com/


1 commentaire :

marion a dit…

Vu la date de ta publication, je pense qu'on était dans la salle au même moment :)

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