vendredi 21 juin 2013

Street Art : Le service de salubrité, brigade anti-affichage du XXème veut faire taire Fred le Chevalier

Dernière intervention de Fred le Chevalier ? © Richard Beban


La ville est devenue une zone de harcèlement publicitaire. Le street art, l’intervention en territoire urbain a une vocation presque sanitaire, réinvestir l’espace prétendument public que se sont appropriées les firmes privées, réinvestir les murs de la cité sans slogan, sans imposer de système de valeur et de croyance. Le street art, par essence rebelle, défie la soumission au pouvoir dont les villes sont traditionnellement les lieux d’élection, lieux balisés, surcodés de la propriété, lieux d’attractivité conditionnée. Il n'y a que ce qui est financé par la pub qui a le droit de présence. L’art public de type contextuel est une résistance à ce balisage généralisé. L'artiste reprend possession de l'espace public en lui apportant une forme complémentaire, en l'esthétisant selon un angle inattendu révélant une vision, une autre lecture de la cité. A la forme oppressive imposée, il oppose une expression artistique libertaire, une poétique dissidente qui a pour résultat une intensification culturelle.

Interpellé par un policier, Fred a été forcé de détruire sa fresque


Cette pratique, hors cadre, hors champs fait l’objet de préjugés, de fantasmes, de clichés. Il s’agit de s'exprimer de façon totalement libre sur les murs de nos quartiers à la fois zone d’intervention et argument créatif en les revalorisant, de quitter le système de propagande imposé tout en célébrant la ville moderne. En corrigeant l’esthétique publique, le graffeur fait valoir une présence polémique qui accompagne les mutations urbaines. Ce goût de l’intrusion est souvent ponctué d’une forme de défiance par rapport aux programmes car le cadre imposé est un cache et le territoire urbain source d’activisme.

Le street art, ce n'est pas dégrader l'environnement social et géographique, c'est revaloriser le périmètre de la ville, lui redonner un sens. D'ailleurs tous ces artistes choisissent avec attention leurs lieux d'intervention et sont très respectueux des habitants à qui sont destinées leurs œuvres. C'est pourquoi notamment ils interviennent essentiellement dans les quartiers populaires sur des murs lépreux, dans des zones délaissées par les pouvoirs publics.




La mairie du XXème organise le Festival et 20 l'été, festival de street art. Tout ce qui n'a pas été autorisé et qui dépasserait du cadre sera détruit et fera l'objet de poursuites, ne donnant une chance de s'exprimer qu'aux artistes qui auront été validés. Je reviens de Ménilmontant, c'est édifiant. Le service de salubrité et la brigade anti-affichage ont fait "lessiver" quasiment tous les murs. Les 3/4 des interventions de street art, tout artiste confondu, ont été éradiquées. Une grande campagne anti art urbain spontané aurait-elle été lancée dans le XXème ? Cela me donnerait presque envie de lancer un appel au boycott de leur festival. Il est contre-nature de vouloir institutionnaliser le street art. Ces mesures sont tout simplement liberticides !




L'incident qui a provoqué mon envie d'écrire ce billet, je vous laisse Fred le Chevalier sur son blog vous le conter en détail ici. Sous surveillance policière après une interpellation, dans le collimateur du service de salubrité et de la brigade anti-affichage, il ne pourra plus s'exprimer sur les murs de Paris sous peine de lourdes amendes et de poursuites. Venant juste de l'apprendre, je n'ai pas encore d'idées précises sur la façon de le soutenir dans ce moment cruel (pétition, articles, lettres adressées à la Mairie) mais nous ne pouvons pas laisser les forces de l'ordre nous priver de la poésie de son œuvre. Relayons cette triste nouvelle afin de mobiliser les soutiens ! Paris n’est pas une ville musée, une ville morte figée dans son décorum somptuaire officiel, un parc d’attraction ostentatoire et sans âme destiné aux seuls touristes. La rue nous appartient ! Ne les laissons pas bâillonner le poète !

Venez nombreux soutenir Fred le Chevalier lors de la dédicace de ses livres!
Le 4 juillet de 17h30 à 20h 
57, rue des Cascades - Paris 20 
https://www.facebook.com/events/343455275782172/

A lire :
Ce qu'en dit Fred sur son blog : 
http://fredlechevalier.blogspot.fr/2013/06/la-fete-de-la-defaite.html 

Ce que les journalistes qui l'accompagnaient lors de son interpellation ont vécu :


5 commentaires :

appelez moi Madame a dit…

Quel dommage! J'ignore moi aussi comment apporter mon soutien. Même mon fils le connaît!

Fred Le Chevalier a dit…

merci pour tout. Je crois que tout ce que tu écris est juste et qu'en même le soutien est difficile. on m'a rappelé la loi, celle qui existe sans que pour l'heure je sois pénalisé. Demain dira si je dois vraiment m'inquiéter.

Caroline a dit…

Je suis tellement fâchée. Je ne décolère pas. Il y a une ambiance délétère qui se développe dans la rue en ce moment. Cette même brigade anti-affichage l'autre jour, je les ai croisé en train de jouer les cowboys auprès de jeunes qui scotchaient des affiches sur les murs pour un spectacle vivant théâtre et musique dans une petite salle du quartier. Ils leur ont collé une amende. Mais quel monde de merde !

The Girls On Fire a dit…

Je suis révoltée et écoeurée .. Des cons qui jugent l'art : c'est aberrant!
La France a oublié qu'elle doit sa renommée à ses artistes !

@necdot a dit…

Triste mentalité ... la plupart des œuvres sont pour moi des fleurs murales ... elles apparaissent un jour pour notre grand plaisir puis disparaissent et cela en toute saison. Les piétiner est stupide.

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