lundi 3 juin 2013

Lundi Librairie : Le Dernier des Weynfeldt de Martin Suter



Adrian Weynfedlt dernier représentant d’une grande famille zurichoise travaille comme spécialiste de l’art suisse chez Murphy’s  où il expertise tableaux et œuvres diverses. Il partage son temps entre deux cercles d’amis bien distincts. D’un côté de riches bourgeois vieillissants appartenant à la haute société et de l’autre un groupe de jeunes artistes peu scrupuleux auprès desquels il joue les mécènes. Unique héritier d’une lignée prestigieuse, Adrian aborde la cinquantaine sereinement, éternel célibataire.

La rencontre fortuite avec Lorena jeune femme mystérieuse et fantasque dont les traits lui rappellent ceux de son grand amour de jeunesse va bouleverser sa vie de vieux garçon bien ordonnée. Alors qu’il s’entiche de cette imprévisible créature, l’un de ses amis en fin de vie, au bord de la faillite, décide de lui confier la vente de l’un de ses plus précieux tableaux : Femme nue de dos accroupie devant une salamandre, une toile de Félix Valloton qui devrait créer un coup d’éclat aux enchères. Si le tableau est authentique…

D’une situation de départ banale digne d’un roman de gare à l’eau de rose, le célibataire endurci qui s’amourache d’une aventurière, Martin Suter en peintre d’ambiance remarquable entraîne le lecteur dans une chronique sociale qui tourne vers le milieu du roman au thriller psychologique.  A travers une intrigue prenant le milieu de l’art et la haute bourgeoisie de Zurich comme toile de fond, l’auteur dérive subtilement vers une critique sophistiquée du mode de vie occidental. Il dresse un constat sans complaisance teinté d’humour glacé mais tout en élégance, à l’instar de son héros, épinglant l’hypocrisie de cet univers feutré qu’est la haute société, un monde dans lequel l’argent est le maître mot, argent qui tend à déterminer les rapports entre les individus, un monde où tout est tenu à distance les autres et soi-même.

L’occasion également de développer une réjouissante galerie de personnages, toujours un peu borderline et névrosés, portraits ciselés entre dandy égaré, esthète lunaire, escroc à la petite semaine, artiste rapace, grand bourgeois déchu.  D’une plume fluide au style efficace, Martin Suter amène finement des rebondissements improbables, distillant tout au long de ce polar sociologique un suspens prenant, fil narratif prétexte à une étude de mœurs jubilatoire. De l’histoire d’amour intéressée, on retient peu de choses au final mais le portrait sociétal à l’acide que nous livre l’auteur est un met raffiné délectable.

Le Dernier des Weynfeldt de Martin Suter - Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni - Editions Christian Bourgois - Collection de poche Points


Share this

Related Post