samedi 25 mai 2013

Troisième challenge de l'atelier d'écriture créative : Les 3 finalistes, le choix du jury. Lecteurs à vous de voter !



Bonjour, bonjour !

Le jury du challenge de l'atelier d'écriture créative s'est réuni hier soir pour sélectionner les trois finalistes de cette très belle édition. Merci infiniment à tous les participants dont l'enthousiasme et les plumes aussi variées que remarquables nous ont fait vibrer. Dans la bataille des goûts et des couleurs, Xavier a perdu un œil, Emilie s'est foulée le poignet, Laure est bonne pour la jambe de bois et je n'ai présentement plus un cheveu sur le caillou, scalpée la Caro. Autant vous dire que les délibérations ont été mouvementées. Sans plus attendre voici les textes des finalistes. Lecteurs à vous de jouer en votant pour votre favori.






1/ Marianne du blog L’étang de Kaeru http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/


Le ciel de Neo-Tôkyô vu depuis le caniveau... 


À genoux, je contemple le caniveau de Neo-Tôkyô. Un spasme. Encore un. Un mouvement flou, juste à la périphérie dansante de mon regard. Un coup. Encore un. Cette fois, je m'écroule, le bitume me râpe la joue. Mes boyaux se tordent, je vomis de la bile. Une masse jaunâtre, acide. Sa teinte me rappelle l'ambre gris des baleines. Et j'ai autant de grâce que le cétacé, échoué ainsi sur le bord du trottoir.

Deux paires de pompes devant mon nez : des converses avec un vieux drapeau délavé des States quand la notion de fédération et le mot « unis » avaient encore une signification, et puis des mocassins classos, en vrai cuir, d'après la texture. Probablement hors de prix. Un coup de pied m'explose l'arcade et ma vision se teinte de pourpre. J'ai déjà le nez cassé.

Un ricanement.

— Allez, viens, le môme a son compte.

— Ouais. T'as compris, hâfu, surenchérit le lascar s'adressant à moi, les types de ton genre n'ont rien à faire dans le Kabukichô. La prochaine fois qu'on te choppe, on te saigne.

Sombres abrutis. 



Hâfu. Half. 

L'insulte tombe à plat. Il croit que mon teint blafard et mes cheveux blonds blancs sont le fruit d'un métissage. Quel con, s'il savait, il se ferait dessus. Je n'ai pas l'énergie pour remuer ma langue, alors je ferme ma gueule. Le bout de mes doigts picotent. Les deux branques s'en vont, d'un pas tranquille. Je renifle. L'air siffle contre le cartilage endommagé de ma cloison nasale. J'échantillonne leur odeur et la range dans le coin dédié de ma mémoire.



J'ai été con, je ne supporte pas l'alcool. Cela brouille tout, ralentit mon métabolisme et fout le bordel dans mon processus de régénération. Cela me met tellement en vrac que j'ai même une illusion de douleur, comme si mon cerveau d'arme vivante s'humanisait soudain. Comme si l'information pouvait se transformer en sensation déplaisante.

Un goût de fer dans ma bouche. Je crachote du sang.

Sous ma peau, le bitume est tiède. Il n'a pas plu depuis une semaine. Un record en cette saison malgré l'humidité ambiante qui excède les 90 %. Il est quatre heure du mat et la température dépasse déjà les 30 degrés. Canicule et alcool, deux éléments qui m'engourdissent, me détraquent. C'était vraiment débile de chercher les ennuis. Et le bitume est tiède. Poussiéreux. Acre. Je sens la transpiration mouiller mes aisselles et mon dos. J'adresse une prière aux Dieux pour une averse purificatrice.

Mon cou est raide, trop raide. Une autre vague de nausée, l’œsophage me brûle, mais cette fois, je ne gerbe pas. Je n'ose pas bouger. Les yeux ouverts, je contemple la rue et ses néons vacillants dans la blancheur d'une nuit d'été mourante ; je somnole, les paupières à demi-closes, l'ouïe aux aguets, le reste au repos. Ça serait trop con de me faire planter ou pire, dépouiller. Quand les premiers rayons touchent le verre des buildings, une explosion aurore me crame la rétine. Fleur de souffre et rougeoiement avec des reflets incarnats sur le métal. Les vapeurs méphitiques des égouts desséchés détournent mon attention sur un sens moins infirme.

Depuis que le connard m'a filé un coup avec sa batte sur le rocher, j'ai le nerf optique gauche qui déconne. En temps normal, le quartier est dans des tons criards avec des enseignes et les écrans de publicités qui présentent des galeries photos de bouffes ou d'hôtesses stéréotypées. Deux types de nourriture pour des besoins différents et tout aussi instinctifs. Mais, là, les couleurs s'apparentent à un feu d'artifice permanent. Violent. Aveuglant. Un hanami qui dure des heures, dans le silence relatif de la ville endormie, un hanami qui survit même au levé du jour.



Je pourrais bouger le bras, attraper mon phone et lui demander de venir me chercher. L'appeler à la rescousse. J'imagine sa tronche, à me trouver là, étendu par terre, à plat ventre, une queue de renard à proximité, la gueule en sang, le bras gauche fracturé, et les deux rotules hors-service. Je bouge mes doigts de pieds et doucement, relève un peu les jambes. Les rotules ça va mieux, j'ai quand même encore assez de jus pour régénérer.

Pathétique. J'aurai presque honte.

Je mobilise toute mon énergie et j'arrive à me rassembler un peu, ramener le membre endommagé pour éviter qu'un soulard ne marche dessus. Un gémissement et j'arrive à hausser une épaule, me regrouper en contractant au maximum la ceinture abdominale, passer sur le côté, constater que j'ai au moins une côte fêlée mais déjà presque ressoudée, et enfin, m'étaler sur le dos. Le mouvement m'envoie dans les étoiles. Pourtant, il est déjà cinq heure passée et la nuit s'est carapatée, ou presque. Elle trainasse encore, à l'ouest, au-delà de la ligne aérienne de la Yamanote qui surplombe le quartier et se faufile entre les tours couleur cendre. Je devine la ligne céladon du mur végétal qui borde la voie. Le premier train vient de passer. Je me souviens soudain de la texture sous la pulpe de mes doigts du grès de mon premier bol en raku, qui git broyé dans les décombres de mon ancien foyer. Là où le Maître a perdu la vie. 



Sur le boulevard, pas loin, la circulation reprend ses droits et si je ne me bouge pas, un bon citoyen va venir voir ce que je magouille. L'izakaya en sous-sol vient de fermer. Le patron est sorti, m'a coulé un regard curieux, a décroché son noren, et remballé la carte avec précipitation. Il a vu le sang. Un couple illégitime avec un quadragénaire bedonnant et une nana qui semble à peine majeure sort d'un immeuble avec bar à putes à tous les étages. Enfin, à hôtesses. Le Japon a toujours maintenu une façade de pudibonderie comique. La fille a les yeux verts, mordorés comme un chat. Une Aberration. Elle hésite un instant. Elle reconnaît ce qu'elle pense être un compagnon d'infortune, issu d'une bidouille génétique ou pire, un rejeton de la Guerre Sale. Mes yeux rouges, ma peau d'albâtre, translucide presque, avec le réseau de mes veines qui dessine la carte étrange de mon circuit sanguin. La fille sent le sexe, le shôchû mal distillé, une fragrance acidulée et le musc. Je retrousse le nez, retrousse la lèvre supérieure et dévoile mes canines brillantes de salive dans une grimace qui n'a rien d'amicale. Ma gorge vibre. Un grognement sourd. 

 Ok.

 Je suis plus endommagé que prévu.

Elle détourne la tête et se serre contre son compagnon. Ils accélèrent le pas, elle manque de se tordre une cheville. Je scrute ses jambes nues qui s'éloignent dans le ciel majorelle d'un petit matin tranquille. Ses chaussures rouges vernis claquent. Un battement qui raisonne sur les murs lisses d'un building de verre. Un écho au pouls dans ma tempe. Je sens une accélération, un flux rapide. Je cligne des paupières, le ciel vire au lavande à moins que ce soit parme ou bien orchidée. Un nom de fleur. Puis, depuis la périphérie, le gris mange tout, un gris tourterelle - j'entends leurs battements d'ailes - puis anthracite et corbeau. J'émets un son. Karasu. Un croassement.

Rideau. 







2/ Jean-Charles du blog Histoires et nouvelles http://hisvelles.wordpress.com/

Un rêve étrange et pénétrant




Une fois de plus je me suis fait surprendre « Il pleut sur ma ville ». Je n’ai pas mon parapluie et l’averse est impétueuse, violente. Mon rimmel coule et je ressemble sûrement à un clown triste.

Mes escarpins claquent sur le pavé tourterelle. Je suis tout près de chez moi. Je glisse, me tords les chevilles. Autant marcher pieds nus. Je m’y résous. Heureusement j’arrive Passage du Cheval Blanc et aussitôt j’enfile la Cours de Mai. Je suis chez moi enfin. À l’abri.

Mon atelier est en retrait. Attirant le pâle soleil de printemps. La fleur de souffre s’installe parfois sur les murs. Mais pour l’heure, je suis transie. J’ôte mon tregging majorelle et mon tee-shirt orchidée. Mon corps s’en trouve déjà mieux. Je ne porte rien d’autre. Je frissonne. J’attrape une serviette pour m’essuyer. Me frotte la peau comme une damnée jusqu’à ce qu’elle prenne une couleur pourpre. Je m’étrille à plaisir.

Nue. Je regarde Verlaine assoupi sur le divan. Ses poils virevoltent dans la lumière, c’est un chat calme, doux au cœur tendre. Il partage ma vie depuis des années. M’asseyant face à lui, je murmure sans même y penser : « Il pleure dans mon cœur » Il baille, levant la tête puis ouvrant les yeux et chaque fois je l’imagine continuer : « Quelle est cette langueur, qui pénètre mon cœur ? »

Je viens de trucider mon amant. Je l’aime encore. Je le surnommais Rimbaud pour les travers naturels qu’il m’imposait. Je ne sais pas si je suis triste.

La télécommande est à côté du chat. J’appuie sur ON aussitôt Wagner et sa walkyrie aux cheveux aurore m’impressionnent. Je la vois danser sur les murs de pierre. Je suis éblouie. Lui est fou, je crois.

J’ai besoin d’un comprimé de benzodiazépines, je veux planer encore. Ce crime m’a dérangée. J’ai regardé le sang couler dans le caniveau, incarnat, gras et puant. J’ai trempé mon index pour y gouter. J’adore.

Je regarde les cymbales se démener « par terre et sur les toits » sur les murs des maisons en face. Mon trip est violent. Dehors il pleut des lames de couteaux « Oh bruit doux de la pluie ».

J’enfile ma cape celadon retourne sur le pavé, trempée. J’écoute le « Chant de la pluie ». Je tourne, danse. Me précipite vers l’Opéra, à deux pas. On s’écarte sur mon passage, essayant de deviner ici et là ce que dame nature m’a octroyée.

Sans prendre garde, je descends sur la chaussée. Une voiture me renverse. Rimbaud descend par une porte inversée. Sur sa combinaison lavande, en lettres de feu je crois lire : « Pour un cœur qui s’ennuie ».

Il tend la main à mon âme. Me relève. Le ciel nébuleux ouvre ses entrailles lui faisant une place pour l’éternité.






3/ Julie (pseudo HC lanuitremue) du blog Imparfaiite, facile comme l’océan http://imparfaiite.cowblog.fr/


Dans le champ lavande du crépuscule lunaire,
L’asphalte rayonne d’un doux reflet orchidée
Et résonne aux assauts de cette pluie rageuse.


L’eau jaillit, rugit puis éclate autour d’elle ses
Reflets majorelle, sa matière translucide
Et peint avec violence le contour des rues.


Alors, elle glisse avec grâce entre les visages
De pierre qui forment le pavé incarnat
Pour se jeter enfin dans les entrailles du monde.


Devant moi, la ville, barbouillée de trainées pourpres
Est envahie par les ombres, par la traversée
Des silhouettes floues chassées par cet orage.


Et mon cœur se noie encore dans cette ivresse
Fleur de soufre, dans le chagrin immense et lourd
Qui se déroule à mes pieds et soudain m’envahit.


Je suis perdu ici et j’entends la nuance
Tourterelle et précieuse aux fantassins du monde
Dont la mélancolie vomit à s’en faire croire.


Dans ce corps ravalé aux charmes de l’aurore
Je suis assis ici aux prises avec le ciel
Rendu vert céladon par sa propre misère.


Je suis la ville saoule qui un jour t’a perdue.

Pour voter, deux solutions.

- sur le blog : répondre au sondage situé dans la barre à droite

- sur la page Facebook https://www.facebook.com/media/set/?set=a.478722942196750.1073741826.180087078727006&type=3 : liker / aimer la photo de votre finaliste préféré dans l’album 3ème challenge littéraire



Félicitation à nos trois finalistes ! Je vous souhaite une très bonne chance et bon vote à nos lecteurs vous avez plus d'une semaine, jusqu'au dimanche 2 juin 23h59!





le règlement là :



5 commentaires :

Soylent a dit…

Félicitations aux trois finalistes !

Mon choix des trois gagnants n'était vraiment pas loin de celui-ci, le jury à fait là une très belle sélection.
Merci de nous motiver à écrire encore et encore, RDV au prochain challenge !

Julie/ La nuit remue a dit…

Oh, je suis super touchée, c'est vraiment gentil à vous !!

Oh, et est-ce que je veux faire ma pointilleuse et te demander, si tu as un peu de temps, de rétablir les espaces entre les différents paragraphes du poèmes :) ? Sinon ce n'est pas grave !

Merci à vous en tout cas pour la sélection

Caroline a dit…

@ Julie : Désolée. C'est la mise en page de Blogger qui me joue des tours. Je viens de rectifier ;)

Julie /lanuitremue a dit…

Merci beaucoup !

Jean-Charles a dit…

Merci au staff en tout cas... l'essentiel est de participer et de faire et de se plaisir en écrivant.

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