lundi 1 avril 2013

Lundi Librairie : Cosmopolis de Don DeLillo



Avril 2000, avant le 11 septembre, avant la crise, Eric Packer, nabab de l’économie de 28 ans, souverain moderne désabusé, traverse New York à bord de sa somptueuse limousine blindée. Un embouteillage paralyse la ville-monde entre les obsèques d’un rappeur, la visite du Président et une manifestation altermondialiste. Dans la solitude des prestidigitateurs du virtuel, le vaisseau bardé d’écran et de caméras vidéo glisse à travers Manhattan rugissant et déchainé. La cité en ébullition livrée aux rats et aux émeutiers, le chaos du réel dans la sauvagerie de scènes apocalyptiques se pose en contrepoint de l’univers clos d’Eric, univers désincarné, déshumanisé qui tend vers la fusion de l’humain et de ses outils technologiques. Les yeux rivés sur le cours du Yen contre lequel il a misé toute sa fortune, le golden boy roule vers une mort annoncée, perdu entre ses gardes du corps et son meurtrier potentiel. Le doute qui le ronge malgré toutes les certitudes de la réussite va précipiter sa chute. Journée d’un prophète des temps barbares au soir de laquelle il rencontre la ruine et sa propre fin.

Cosmopolis décrit le voyage initiatique presque immobile d’un yuppie, icône d’une société déshumanisée et paranoïaque, jusqu’à sa rédemption. Récit d’une vertigineuse quête d’identité et de sens. Avec l’esprit de subversion qui caractérise son œuvre, Don DeLillo dénonce les travers du monde occidental contemporain et des Etats-Unis plus particulièrement. L’auteur nous offre une plongée en apnée dans un univers où spéculation boursière et violence sont les absolus.

Don DeLillo superpose les thèmes et les indices, donne naissance à une littérature conceptuelle dont la forme syncopée, hypnotique nous emporte dans un chaos polyphonique maîtrisé. Ce roman à la force prophétique fustige l’impératif du numérique qui bouleverse le temps, dissolvant l’idée d’éternité, de spiritualité et ouvre la voie à de nouvelles interrogations au sujet de la métaphysique de l’argent.

A travers cette fable du présent, l’auteur dénonce la désincarnation et l’anarchie du monde contemporain. Le texte court, à l’architecture remarquable, au souffle narratif puissant, d’une lucidité pétrifiante catalyse toutes les inquiétudes de notre époque dans un espace littéraire inédit. Tyrannie du cyber-capital, course au profit, dictature des images, information spectacle autant de dérives qui annoncent le crépuscule d’un système. Un roman fascinant, magistral, objet littéraire glacé et troublant.

Cosmopolis de Don DeLillo - Editions Acte Sud - Collection de poche Babel

4 commentaires :

Yuliya ♥ a dit…

J'ai vu le film et j'ai adoré !
Bisous
Tu

Isa tout simplement ... a dit…

Je crois que cela me dirait bien de lire le livre avant de voir le film ...

auroreinparis a dit…

En gros , il est plus intéressant de lire le livre que de voir le film ?
Très jolie critique.

Caroline a dit…

@ Yuliya : j'ai beaucoup aimé le film aussi.

@ Isa tout simplement : les deux sont bien et ne gâchent pas le plaisir de l'un ou de l'autre.

@ auroreinparis : Merci ! :) Le livre est incroyable mais le film est bien aussi. Il reproduit assez fidèlement l'ambiance du bouquin.

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