samedi 9 mars 2013

Deuxième challenge littéraire : Résultats des délibérations du jury - A vous de voter !

Arthur Rimbaud par Ernest Pignon Ernest

Chers lecteurs,

L'heure est grave. Le jury du challenge littéraire a rendu son verdict. Une fois de plus, je voudrais féliciter toutes les participantes pour la qualité de leur contribution et les remercier chaudement pour leur participation. Faire un choix fut épique. A tel point, que nous n'avons pas pu nous mettre d'accord sur les trois textes finalistes. Autant dire qu'il y a de sacrées têtes de mule dans l'équipe des quatre. Pour cette édition, il y aura donc quatre textes finalistes que je félicite chaudement.





1 / Rachel du blog My Blog So Chou http://www.myblog-so-chou.net/



Le train débarqua sur le quai son flot de citadins au teint blafard et aux traits tirés, contents de quitter la grisaille de la ville et d’échapper à ce rythme de vie infernal qui les oblige sans cesse à courir.


La gare se vida peu à peu de ses envahisseurs. Seul un petit groupe subsistait, scrutant vainement l’horizon dans l’attente de la navette qui devait les ramener à leur lieu de villégiature. Les minutes passèrent, la fatigue et l’agacement commençaient à se faire sentir.


Ses amis adressèrent à Thomas, l’instigateur de ce projet « en tous points inoubliable », des regards dépourvus de toute aménité. Lors d’un dîner qui les avait tous réunis en début d’année, entre la poire et le fromage, il a réussi à les persuader de lui confier l’organisation de A à Z de vacances de rêve, tous ensemble, dans une villa nichée dans un petit village de Provence avec vue imprenable sur le Mont Ventoux. Pour le moment elles semblaient plutôt mal parties, et il ne leur restait plus qu’à espérer que ce parangon de l’organisation ne les ait pas entraînés dans une immense gabegie.


Qu’à cela ne tienne ! Ils ne voulaient pas gâcher une telle journée et décidèrent donc de rallier le village à pied. Leurs bagages sur le dos, ils empruntèrent un petit sentier champêtre qui semblait mener vers la bonne direction. Gilles prit les opérations en main et se mit en tête de la file. Il s’autoproclama spécialiste de l’impressionnisme et assura à ses compagnons, sur un ton on ne peut plus sérieux, bien connaître ses classiques sur le sujet. Et le voilà qui commenta le paysage avec grandiloquence et force gestes.


« Admirez ce ciel d’un bleu céruléen sans aucune nébulosité. Ne vous rappelle-t-il pas le fond d’écran de votre ordinateur ? Et cet immense champ de lavande, il ressemble à s’y méprendre au kilim qui orne mon salon ! » Il se baissa, cueillit un brin qu’il porta à son nez et déclara : « Hum, et ce parfum, il me ramène tout droit dans ma salle de bain ! En parlant de salle de bain, j’espère que personne n’a omis de s’enduire le visage de crème solaire, il nous reste encore quelques kilomètres à parcourir avant de trouver une ombre salutaire ! »


Les visages se déridèrent au fur et à mesure qu’ils avancèrent ; la majesté des lieux et le discours de leur guide improvisé y ont largement contribué. Certes, Gilles ne leur a rien appris de plus sur Pissarro ou Monet, mais il les a impressionnés  par son immense connaissance de l’art ménager urbain !






Installé en face d’elle, il n’osait pas plonger  son regard dans ses yeux d’un bleu céruléen car il savait… Il savait que si ses yeux croisaient les siens, ces mots qu’il retenait depuis si longtemps franchiraient ses lèvres et qu’à ce moment-là, sa vie basculerait sans aménité. Alors, il regardait ailleurs, à travers la nébulosité de la fumée de sa cigarette, faisant mine de concentrer son attention sur le paysage champêtre qui entourait la terrasse du petit restaurant où ils aimaient venir déjeuner ces jours d’été où la chaleur devenait trop insupportable dans le centre- ville de Marseille.


 … Niché au cœur des Alpilles, entouré de champs de lavande en fleurs, ce mas restaurant correspondait pour lui à l’idée qu’il se faisait du para …


Brusquement, elle prononça son prénom, dans un souffle, comme si elle savait déjà que leur histoire ne se résumerait bientôt plus qu’à une triste gabegie. Aspirant une bouffée de sa cigarette, il se  balança contre le dossier de sa chaise et là, il lui fit son grand sourire qu’elle adorait. Son irrésistible sourire gourmand, un brin fripouille, véritable éclat  solaire, qu’il lui faisait juste avant de l’embrasser.


… Mais le plus souvent, c’était celui qu’il lui servait juste avant de lui annoncer qu’il devait encore repartir …


Pourtant, cette fois, un je ne sais quoi d’inhabituel dans son attitude lui fit sentir qu’elle ne se laisserait pas attendrir. Il connaissait ses classiques et savait que, dans un de ces sondages si prisés des magazines féminins du style « Avez-vous l’homme parfait dans votre lit ? » , il se rapprocherait plus d’un parangon d’égoïsme que du mâle attentionné qui n’oublierait pas que non, on n’essuie pas ses baskets boueuses sur le kilim qui ornait le sol du vestibule quand on rentre de son footing, essoré d’avoir couru 15 kilomètres sous une pluie battante !… Et il sert à quoi, alors, installé à 50 cm de la porte ?! …  Mais ce détail était tellement insignifiant en regard de ce qui s’était passé la veille entre eux.


Trop d’égoïsme pour lui, trop de patience pour elle … Comme si elle lisait dans ses pensées, elle choisit ce moment-là pour se lever, bousculant sa chaise bruyamment. Quelques têtes se tournèrent vers eux mais elle n‘y prêta pas attention. Elle prit son verre de rosé, encore rempli aux deux  tiers, les parois encore humides de fraîcheur, des gouttes perlant encore sur le bord … Pourquoi ses yeux enregistraient-ils tous ces détails alors que son cerveau lui dictait de  rester fixer sur elle ? … Avant de pouvoir préméditer son geste, elle lui jeta le contenu du verre au visage, ne trouvant sans doute que ce moyen pour effacer son sourire tellement agaçant quand elle le détestait !


Et encore plus rapidement, elle attrapa son sac, se pencha si près de lui qu’il put sentir son parfum mélangé à l’odeur de sa peau, juste parce qu’elle savait que cela suffisait à l’exciter…

– C’est fini… J’arrête ! OU-BLIE moi !


Avant  même d’intégrer réellement  le sens de ses paroles, il la vit se redresser et virevolter sur ses talons. La dernière image qu’il garda d’elle fut sa fine silhouette moulée dans sa robe imprimée, ses longs cheveux noirs qui ondulaient sur ses épaules et son geste rageur quand elle bipa sa voiture.

A ce moment-là, il comprit qu’elle partait, il comprit qu’il  la perdait vraiment. Mais il ne fit rien pour la rattraper et se demanda ce qu’il allait prendre comme dessert : il hésitait entre la poire et le fromage.





3/ Anne Love and Luck http://loveandluck.over-blog.fr/

Je me souviens avec délice de notre dernière étreinte. J’étais partie le retrouver à l’autre bout de la planète, lasse de son absence. 

Ma petite robe à imprimé Liberty était tombée délicatement sur le magnifique Kilim de ma chambre d’hôtel. Je voulais qu’il savoure chaque centimètre carré de ma peau, chaque cheveu… 

Il entrait en moi avec douceur, sans un bruit. Je lui répondais en fermant les yeux. 

Mon Précieux ne me quitta plus de la semaine. Du matin au soir, je m’offrais à lui, sans compter, sans penser aux lendemains que je savais plus sombres. 

Nous passions des heures collés l’un à l’autre, jusqu’à ce que ma peau rougisse de bonheur. 

Seuls les bras de Morphée savaient m’arracher à lui. Ma brume d’oreiller « Une nuit en Provence », aux huiles essentielles de lavande, m’accompagnait avec sérénité dans mon voyage nocturne.   

Un matin, un groom de l’hôtel, d’une aménité sans pareil, me fit remarquer ma mine radieuse. Je ne pouvais plus le cacher : je rayonnais ! 

Mais je me suis vite rendue à l’évidence : mon Précieux redonnait le sourire à d’autres femmes que moi ! Toutes ces vieilles peaux qui fondaient en le devinant derrière une nébulosité, cela m’insupportait !! 

Enivrée par un énorme Mojito, je fixais longuement mon vernis à ongle céruléen : « Je connais pourtant mes classiques ! Avec une telle aura, cela ne pouvait que se passer de la sorte… ». 

Il ne ressemblait donc pas à un parangon de fidélité... Mon Précieux savait y faire : arriver gentiment au cours d’un déjeuner champêtre, s’inviter sur une épaule dénudée, et disparaître entre la poire et le fromage ! 

Il fallait bien se rendre à l’évidence : je devais partager mon Précieux… Je n’allais pas me battre, évitant ainsi une gabegie de temps et d’énergie.   

J’ai envoyé une carte postale à Vivalto, qui m’attendait à Paris, avec ces quelques mots : « Encore tombée dans le panneau… solaire ! ». 




4 / SAND du TumblR Glanerie moderne http://glanerie-moderne.tumblr.com/

Amis, fuyez les deux verbes accessoirement auxiliaires et surtout dominants. Ils ne méritent plus que je les nomme, ces frères d’excès, parangons de vanité : l’un, symbole de gabegie issue de la surconsommation, l’autre, apologie du paraître stéréotypé.

Pourtant après la seconde guerre mondiale, manquant de tout, le premier advintvital puis fit place dans les années 60 à la profusion glorieuse. Ensuite, en réaction à l’outrance, le second prit logiquement sa place sur le piédestal des idéaux, dans un esprit de valorisation personnelle, détaché du matériel. Mais, là encore, l’exagération s’imposa et aujourd’hui la communication prend le pas sur la pensée : qu’importe le fond pourvu que la forme séduise. Il nous faut donc changer de verbe majeur.

Aussi, je vous dis : Passons à l’âge de « faire ». Oublions l’aménité publicitaire de notre société mercantile. Recyclons, partageons, improvisons, même sans connaître ses classiques du bricolage.

Que le vieux tapis troué de Tante Adèle, son kilim préféré d’Anatolie, devienne besace ethnique en quelques coups de ciseaux et d’aiguille. Que les caisses de vins, récupérées dans la benne du coin, passent au vernis céruléen pour servir d’étagères stylées. Quant à l’ancienne passoire métallique, trouvée au vide-grenier, qu’elle s’invente une nouvelle vie d’abat-jour dans la cuisine provençale par simple montage électrique.

Et si la procrastination nous saisie en jetant un coup d’oeil par la fenêtre, si les rangs de lavandes nous appellent trop fort, si le manque d’énergie solaire nous taraude le cœur par ces temps où la nébulosité règne, allons nous ressourcer en balade champêtre. Profitons de la proximité du village pour échanger nos savoirs entre la poire et le fromage, reconstruire nos fonctionnements vides de sens, changer nos réflexes irréfléchis.

Allez. Oust Habitus. Fiat Lux. Faisons !”


 Pour voter, deux solutions.

- sur le blog : répondre au sondage situé dans la barre à droite
- sur la page Facebook https://www.facebook.com/pages/Parisian-ShoeGals/180087078727006 : liker / aimer la photo de votre finaliste préférée dans l’album 2ème challenge littéraire : les finalistes.


Félicitation à nos quatre finalistes ! Je vous souhaite une très bonne chance et bon vote à nos lecteurs vous avez une semaine, jusqu'au 17 février 23h59 !

Le règlement là :

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