lundi 29 octobre 2012

Lundi Librairie : Bubble gum de Lolita Pille



Manon a vingt ans et se trouve trop jolie pour s’étioler dans son village de province. Jeune femme, nourrie de fantasmes sur papier glacé, elle rêve de gloire instantanée, génération télé réalité. Pour changer de vie, elle monte à Paris où elle surnage sans grande réussite entre son job de serveuse dans un restaurant et les castings bidons. Elle rencontre au cours d’une soirée people à laquelle elle réussit à s'inviter, Derek Delano rejeton orphelin d’un richissime homme d’affaire pas tout à fait honnête. Blasé, revenu de tout, rongé par la vacuité, l’alcool, la drogue, les orgies, il s’ennuie et décide par jeu pervers de la prendre en main et de briser son destin en réalisant tous ses rêves de carton-pâte. Pendant deux ans, il la soustrait au monde réel et la fait vivre dans un univers parallèle monté de toute pièce par ses soins entre agence de mannequins factice, faux tournage de film, sosies de célébrités, lui faisant croire que sa carrière explose, qu’elle est enfin devenue l’icône adulée des foules qu’elle désirait tant être. Il la manipule et la façonne à son image, longue torture psychologique qui fait rejaillir ce qu’il y a de pire en elle, la plongeant dans la dépression, l’addiction aux médicaments et à la coke jusqu’à la chute finale.

L’intrigue de Bubble gum manque sérieusement de vraisemblance. Lolita Pille fait fi de tout réalisme, revendique comme parti pris le manque de crédibilité. Cela donne une histoire sans aspérités tangibles teintée de nihilisme convenu à laquelle il est difficile d’accrocher. Dans sa volonté de subversion facile, l’auteur imagine des personnages sans consistance, caricature pâlottes dépourvues de substance. Les nantis sont amoraux, suffisants, dépravés et cyniques. Les modestes, creux, acculturés, avides, bavent devant le star system et ne reculent devant aucune bassesse pour y accéder. Elle joue avec les références, accumulation incongrue comme autant de clichés trash mêlés d’une dose de sous-culture de bon aloi qu’elle semble avoir intégralement pompé chez Beigbeder qui fut un temps son mentor et modèle littéraire. Le texte a un côté clinquant très artificiel avec de temps à autre des effets de style un peu poussifs, des pages particulièrement fastidieuses.

J’avais lu Bubble gum à sa sortie en librairie, il y a un certain temps, sans en avoir gardé de souvenirs. Cette nouvelle lecture a été fort décevante. D’autant plus que je suis convaincue de la présence d’un certain talent chez Lolita Pille. J’aime assez la romancière, ce personnage écorché vif et lettré qui n’a pas sa langue dans sa poche et ne se laisse pas démonter par les fâcheux auxquels elle répond avec verve même si parfois sous le feu croisé des critiques assassines, notamment sur les plateaux télé, elle se laisse un peu emporter jusqu’à l’arrogance. Une personnalité très loin, à mon sens, du rôle de jolie poupée neurasthénique, coup marketing d’une maison d’édition qui se repaît de chaire fraîche, dans lequel les journalistes aimeraient bien la cantonner. Malheureusement pour ce livre en particulier, je n’ai pas tellement d’arguments en sa faveur. Je passe.

Bubble Gum – Lolita Pille – Editions Grasset


3 commentaires :

elsa a dit…

Le nom de Beigbeder comme mentor et modèle suffit à ne pas me donner envie. Dommage, le pitch pouvait donner envie

Caroline a dit…

Les romans de Beigbeder sont de mieux en mieux, à mon sens, maintenant qu'il est enfin sorti de l'ombre de Bret Easton Ellis and co et je crois Lolita Pille pas dépourvue de talent. C'est justement l'histoire qui est mauvaise pour ce roman précis.

Dolly a dit…

Très déçue également à la lecture de son roman, habituée à mieux :s depuis je ne me suis pas trop remise à lire ses autres parutions !

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