lundi 3 septembre 2012

Lundi Librairie : Purge de Sofi Oksanen



Purge  de Sofi Oksanen relate une tragédie familiale estonienne de 1940 à nos jours. Histoire passée et contemporaine se mêlent dans le récit du destin de deux femmes brisées par la bestialité et la folie des hommes entre naissance de l’URSS, démantèlement du bloc soviétique et difficultés présentes des pays de l’est à trouver la voie de la démocratie. L’auteur aborde le sujet douloureux des violences faites aux femmes, sous le joug soviétique ou aujourd’hui avec la prostitution des filles de l'est.

Aliide, une vieille femme qui vit retirée du monde dans la campagne estonienne découvre, dans son jardin, un beau matin, Zara, une jeune fille inanimée dans un piteux état. L’auteur révèle sous forme de flashbacks leur histoire à chacune alors qu’elles s’apprivoisent peu à peu, reconnaissant instinctivement en l’autre quelque chose d’obscur, une blessure abominable. Deux femmes ayant vécu les pires horreurs, les avilissements les plus sordides à deux époques différentes, Deux femmes essayant de reprendre forme humaine alors que les hommes les ont détruites.

L’histoire que raconte la romancière tend à articuler les non-dits. L’auteur s’attache à des personnages, bâillonnés par la peur comme Zara, martyr moderne, symbole de la traite des filles de l’est forcées à la prostitution, silhouettes devenus muettes à cause des traumatismes telle la mère de Zara, des femmes murées dans un dégoût silencieux et privées de parole ainsi qu’Aliide victime de la terreur soviétique, battue, torturée, violée et la honte de s’en être sortie en s’impliquant dans ce régime qu’elle exècre, d’avoir collaboré, d’avoir dénoncé, par jalousie, par douleur, par honte, Aliide dont l’expiation rageuse s’exprime sans prononcer un mot.

Sofi  Oksnanen  dresse finement le portrait de ses protagonistes, d’une écriture puissante et vivante, chargée d’émotion. L’auteur emploie un style expressif parfois rugueux, âpre comme l’histoire qui renforce cette atmosphère sombre angoissante dont le lecteur comprend peu à peu l’origine. Cette plume singulière sans détour, percutante au service d’une structure narrative à l’architecture complexe, révèle une intrigue particulièrement dense, d’une touffeur rare. Certains passages très crus forcent le lecteur à appréhender la réalité la plus abominable de façon frontale, sans détour, rappelant que ce roman bien que création de l’esprit évoque des faits concrets pas du tout fictifs.

Purge  est un livre fort et tourmenté, sans concession dans l’engagement de son auteur. Sofi Oksanen s’impose comme un défenseur acharné dans la lutte pour les droits de l’homme, un chantre du multiculturalisme. Avec détermination, sans crainte d’éventuelles menaces, elle ouvre les placards où dorment les squelettes, dénonce les atrocités commises et redonne leur dignité aux habitants des pays baltes.  Ce roman inquiète, dérange, captive, inspire. Apre et difficile, il donne l’occasion à des générations entières de panser leurs plaies.

Purge de Sofi Oksanen – traduit du finnois par Sébastien Cagnoli – Editions Stock - Edition de poche : Le Livre de Poche



3 commentaires :

Paulo a dit…

Et bien ta description me fait courir à la librairie! Merci pour cette découverte

Steve a dit…

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feel free to leave a comment

Caroline a dit…

Un très beau livre, sombre et dur, une plume sobre et incisive.

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