lundi 17 septembre 2012

Lundi Librairie : Caroline assassine de Sophie Jabès




C’est l’histoire d’une petite fille de 7 ans, Caroline avide de liberté et d’absolu qu’elle trouve dans les livres. Privée de lecture par une mère abjecte digne de la femme Ténardier, des idées matricides à glacer le sang, germent peu à peu dans sa jeune tête.

Vivant dans un deux pièces crasseux, sa famille au sein de laquelle dominent cruauté et bêtise forme un univers sordide analysé sous un angle pittoresque. Trois enfants tentent de survivre ici. La sœur aînée Solange trouve la fuite en se fiançant, le petit frère Bertrand en s’effaçant totalement. C’est dans la littérature que Caroline se réfugie, se transporte ailleurs, n’importe où hors du monde. Jusqu’au jour où sa mère prise d’une crise d’hystérie commet l’irréparable et jette Les  Misérables  dans la cuvette des toilettes. Crime abominable qui selon Caroline ne peut rester impuni et mérite la peine capitale.

Les personnages ubuesques dressés par Sophie Jabès sont à la limite de la caricature. C’est ainsi qu’elle instille un subtil humour noir et grinçant. La mère, poissarde au rire gras, presque bestiale, qui rend ses enfants responsables de l’échec de sa vie, le grand-père sénile devenu sourd à force d’entendre les hurlements de la grand-mère, le père une loque, alcoolique et incestueux forment un tableau brutal traité sommairement mais d’une violence frappante. Et si les actes odieux et les protagonistes manquent de profondeur, les sentiments exprimés par la petite héroïne sont toujours justes. La dérision et l’ironie relèvent une atmosphère très « cas sociaux irrécupérables ». La terrible lucidité de Caroline, une si jeune enfant, est un élément comique majeur du récit.

Sophie Jabès aborde les thèmes de la souffrance, de la différence, de la quête d’identité avec la naïveté de son personnage principal. La forme du conte permet d’exprimer les pires tabous avec crudité, la violence du monde et sa cruauté, vues à travers les yeux d’une petite fille de 7 ans. Le style est vif, concis, corrosif. Les émotions formulées avec finesse et justesse ne versent jamais dans le pathos larmoyant.

Composée d’éléments singuliers, cette fable noire dans laquelle l’absence d’espoir  forme le quotidien des personnages, est également un hymne à la littérature, une lettre d’amour de la romancière aux livres, caravelles de papier, navires qui nous emportent vers d’autres rivages et apprennent à se reconstruire, à se libérer. La réalité que vit Caroline détruit chaque jour d’avantage sa part d’humanité, la fiction, la lecture devient alors vitale, un moyen ultime de résurrection. Et si la fin tourne un peu court faisant appel à des effets grand-guignolesques, laissant un goût d’inachevé, le lecteur retiendra ce magnifique personnage de petite fille à l’âme vagabonde.

Caroline assassine – Sophie Jabès – Editions JC Lattès – Poche J’ai Lu


2 commentaires :

Gaelle a dit…

Ca a l'air pas mal ce bouquin ! L'atmosphère doit être particulière, j'aime bien ce genre d'histoires !

Caroline a dit…

Entre Matilda de Roald Dahl et Stephen King (quand il ne verse pas dans la SF pure et dure). Une romancière à suivre !

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