lundi 2 juillet 2012

Lundi Librairie : Je, François Villon de Jean Teulé


Je suis François, dont il me poise,
Né de Paris emprés Pontoise,
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Jean Teulé retrace l’odyssée à travers son époque, du plus sulfureux de nos hommes de lettres, le barde des plaisirs faciles et des activités licencieuses, le père des poètes maudits, François Villon.  Anarchiste avant l’heure, sans foi ni loi, ni dieu ni maître, Villon a traversé l’histoire en crachant ses vers au visage de la société. Sa vie est une énigme et lorsque la documentation vient à manquer c’est le romancier qui dévoile tout son talent pour faire revivre le XVème siècle.

François Villon serait né selon sa légende personnelle le jour où les Anglais brûlaient Jeanne d’Arc. Son père pendu pour un menu larcin et sa mère enterrée vivante sous le gibet de Montfaucon, François de Montcorbier est recueilli et élevé par Guillaume de Villon, le chapelain de l’Eglise Saint Benoît le Bétournée. Grandissant à l’ombre de la Sorbonne, il entame des études pour devenir clerc. Mais à la compagnie des maîtres d’Université, François l’irrévérencieux préfère celle des truands, des ivrognes et des filles de joie. Il se compromet jusqu’au crime, jusqu’à l’innommable et du fumier de ses actions, il extrait des vers capiteux, enivrants et hideux. Il fait naître la beauté de l’ordure et devient le chantre des pires forfaitures au côté des Compagnons de la Coquille.

D’une plume inventive et juste, Jean Teulé sait à merveille exprimer les paradoxes du poète voleur et assassin auquel il prête sa voix, son humour noir. Le jeu d’écho entre les poèmes de Villon et la prose de l’auteur est un bonheur rare, une subtile alchimie. Il restitue toute la sauvagerie, la truculence d’une époque mêlant faits d’histoire et création romanesque. Curieuse ellipse temporelle, Jean Teulé fait de nombreux clins d’œil à l'oeuvre de Verlaine qui était un grand admirateur de maître François.
                                                                                                                                                                 
De Villon disparu un beau matin sur la route d’Orléans, il reste au final peu de chose, une partie seulement de son œuvre. La folie côtoyant le sublime et ce sentiment violent, cette aspiration démesurée à l’absolue liberté qui inspirera les poètes jusqu’à aujourd’hui. Je, François Villon est à l’image de son narrateur oscillant entre le sordide et la jubilation, la poésie et l’immondice. Un roman au souffle puissant, à dévorer d’une traite.

Je, François Villon de Jean Teulé – Editions Julliard - Edition de poche Pocket

3 commentaires :

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'attendais le nouveau Teulé avec impatience... Il semble être pour moi !
Belle journée.
Capucine

Caroline a dit…

Jusqu'à présent c'est vraiment mon préféré de ceux que j'ai lus.

Vive la rose et le lilas a dit…

ah, un point de désaccord entre nous. Si, bien évidemment, je reconnais un grand talent à l'auteur, je n'aime pas du tout. Cet ouvrage je l'ai fini les tripes aux lèvres, l'estomac complètement retourné - et ce, sans que j'y vois une réelle utilité.

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