vendredi 22 juin 2012

Iconic Art : Wim Delvoye au Louvre

Trois cochons en tapis de soie indiens - Tapisdermie 2010


Le Louvre a traditionnellement toujours permis aux artistes contemporains de s’exprimer : de 1663, lorsque Louis XIV commande à Delacroix un plafond dans la galerie d’Apollon  jusqu’à Georges Braque en 1953 peignant ses grands oiseaux au ciel de la salle Henri II. Les œuvres de Wim Delvoye l’excentrique, l’artiste belge aux multiples facettes, le collectionneur passionné qui déteste l’art conceptuel, trouvent tout naturellement leur place dans un décor classique. Avec flegme et une pointe de dérision, il revendique pour ses créations une dimension ornementale au-delà de l’esthétique.

Plafond de la salle Apollon: Eugène Delacroix, Apollon vainqueur du serpent Python et Plafond de la salle Henri II George Braque, Les Oiseaux
Cloaca Original, 2000


Ses plus célèbres provocations ont marqué les esprits telle Cloaca (première version présentée en 2000) cette machine à fabriquer artificiellement des excréments pour laquelle il développe des talents d’ingénieur. Wim Delvoye y dénonce la société de consommation qui produit toujours plus sans logique de pérennité et dont le but semble être de créer toujours plus de déchets. Ou bien la série de cochons tatoués de motifs faisant référence à l’univers Disney. En 2008, il tatoue le dos de Tim le pompiste, entre happening et œuvre vivante. La portion d’épiderme de ce dernier a été achetée pour 150 000 euro par un collectionneur qui entrera en possession de son bien à sa mort.



Trophy, 2010
Holy Family, 2011

Wim Delvoye apparaît comme l’héritier du surréalisme belge. L’expression insolite de sa créativité trouve un écho particulier dans les salons Napoléons III au luxe foisonnant. Il s’approprie et détourne des motifs anciens appartenant à l’histoire de l’art sur le mode de la dérision. Animaux taxidermisés dans des positions humaines suggestives évoquent les trophées de chasse et les massacres.

Les cochons en tapisserie rococo de la série Tapisdermie (moules en polyester représentant des cochons recouverts de tapis de soie indiens) exaltent le travail des artisans, dialogue entre les savoir-faire. Wim Delvoye nous livre quelques une des pièces vrillées en bronze issues de ses recherches actuelles sur la sculpture du XIXème. Elles reprennent des motifs mythologiques classiques (Daphnis and Chloe – Clockwise -2009) ou religieux.


Daphnis and Chloe, Clockwise, 2009
Untitled - Vitrail





















Des crucifix de métal torsadé (Holy Family - 2011) sont exposés en roue libre sur la table d’apparat, ellipse anticléricale, désacralisation triviale. Parmi les Objets d’art baroque, des coccyx chromés  jouent les intrus dans les vitrines, brouillant les pistes entre les objets de musée. Le vitrail dans l’escalier Lefuel entre en résonance avec ceux de François Morellet.


Suppo, 2010


Sous la pyramide, Wim Delvoye plante une flèche gothique monumentale en acier Corten dentelé, découpé au laser, sculpture phallique qu’il nomme Suppo, pièce la plus subversive (mais peut-être ai-je l'esprit mal tourné) et prouesse technologique. Deux tonnes d’acier s’élèvent à 12 mètres sur la colonne du belvédère au dessus des visiteurs, curieux accord entre délicatesse et force.

Créateur, inventeur, ingénieur, démiurge lunatique, cette exposition retrace toutes les facettes de l’artiste incontournable qui a su s’imposer par ses provocations et la profonde réflexion sociétale qui procède de ses œuvres.




Wim  Delvoye  au  Louvre  
Jusqu'au 17 septembre au département des Objets d'art, sous la pyramide et dans les appartements Napoléon III
Dès juillet, dans le cadre du parcours de la FIAC, sera exposée aux Tuilerie une sculpture représentant un camion en dentelle d’acier ajourée telle la pierre des églises gothiques.

Dump Truck, 2006

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