lundi 28 mai 2012

Lundi Librairie : Les Heures Souterraines de Delphine de Vigan



Mathilde, la quarantaine, veuve, trois enfants  est cadre au service marketing d’une World Company sinistre. Pour avoir froissé, un jour, l’ego de son supérieur, elle est jetée au placard, dépouillée de tout ce qui faisait son travail, privée petit à petit de ses privilèges, bannie dans un bureau cagibi sans fenêtre jouxtant les toilettes, harcelée moralement jusqu’à en perdre la joie de vivre et la force d’avancer. Malgré toute sa résistance, isolée de tous, elle sombre dans l’indifférence de cette entreprise déshumanisée. Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Toute la journée, il sillonne la ville pour se rendre au chevet de patients au plus proche de la misère humaine et des solitudes urbaines. Il vient de quitter la femme qu’il aime parce qu’elle ne lui rendait pas ses sentiments. Il a choisi d’abandonner plutôt que de persévérer et il se retrouve seul dans la grisaille d’un monde qui a perdu son relief.

C’est l’histoire de deux solitudes engluées dans la répétition laconique et la résignation. Le lecteur se met à espérer qu’elles se croiseront, se reconnaîtront mais Les Heures Souterraines n’est pas un roman à l’eau de rose. Il s’agit d’un livre à l’écriture minimaliste et efficace. Delphine de Vigan nous transcrit avec habileté la tristesse et le sordide de ces vies qui ont perdu toute saveur. Des univers intérieurs privés de lumière par un quotidien étouffant, incroyable violence faite à soi-même.

L’auteur met en parallèle l’univers de l’entreprise, lieu de tous les abus de pouvoir, des humiliations, et celui de la grande ville dépourvue d’empathie dans lequel l’éviction sociale frappe sournoisement les plus démunis. Le récit lancinant nous plonge dans l’effroi d’existences ordinaires lorsque chaque jour semblable au précédent détruit l’être, ne laissant que des coquilles vides agitées de soubresauts sporadiques. Vous l’aurez donc compris, un livre sombre, qui m’a laissé un fond d’angoisse après l’avoir refermé. Certainement à éviter dans les transports en commun dont les descriptions provoquent un malaise poisseux, une sensation de déjà vécu assez désagréable.

Les Heures Souterraines de Delphine de Vigan – Editions JC Lattès - Edition de Poche Le Livre de Poche )

2 commentaires :

la fée rousse a dit…

Tu me donnes envie de lire ce livre, bien que j'ai peur d'avoir le moral à zéro après, bisous.

Caroline a dit…

Il faut trouver un élément pour contrebalancer: une plaquette de chocolat Pierre Hermé, un macaron aux 5 épices ou une bonne comédie romantique américaine.

Share this

Related Post