lundi 14 mai 2012

Lundi Librairie : Le Lièvre de Vatanen d'Arto Paasilinna



Vatanen, journaliste à Helsinki est déprimé, tiraillé entre un mariage sans amour et un travail sans passion, une vie quotidienne morose que rythment les tiraillements de son ulcère à l’estomac. Un soir de juin alors qu’il revient d’un reportage à Heinola, sa voiture heurte un lièvre. Il part à la recherche de l’animal blessé dans les fourrés et en lui prodiguant les premier soins, lui vient une impulsion folle venue du fond de son âme engourdie: tout quitter et partir à l’aventure sur les chemins de la Finlande au gré de ses rencontres, de ses envies de retour à la Nature. Le lapereau qui ne le quittera plus jusqu’à la fin est le symbole de la liberté retrouvée, des contraintes abolies mais également de la responsabilité de chacun dans l’évolution de son propre destin. Vatanen devient une sorte de vagabond existentialiste, un peu à la Kerouac Sur la Route, un peu à la Candide au pays des Finnois, en quête de sa vérité profonde, sa vérité naturelle au delà du carcan social, du matérialisme moderne.


Ecrit en 1975 et traduit en français en 1989, Le lièvre de Vatanen ne semble pas avoir souffert du décalage tant cette aimable fable aux accents écolo reste d’actualité dans son discours et atemporelle quand il s’agit d’évoquer la beauté des grands espaces finlandais, les immenses forêts, la toundra, toute une nature préservée et sauvage qui s’étend jusqu’au cercle polaire. Arto Paasilinna nous conte les aventures d’un héros tour à tour roublard et naïf avec une gouaille d’enfant terrible qui pointerait du doigt l’absurdité du monde et la nudité de l’empereur. Il égratigne ses concitoyens avec allégresse, développant un sens aiguë de la satire sociale à laquelle il mêle plein de verve un soupçon d’absurde et une bonne rasade d’humour rabelaisien. 

Entre la farce gentiment loufoque et la fable philosophique, l’auteur nous entraîne dans un univers décalé peuplé de personnages secondaires savoureux – un pasteur à la gâchette facile, une fermière onctueuse, un flotteur de bois ivrogne et roué, un instituteur revenu aux dieux primitifs et aux sacrifices… – et d’animaux presque humains – un corbeau voleur, un ours mal embouché. 

Avec un sens de la narration déjà évident dans ce second roman, Arto Paasilinna transmet son amour de la nature, l’attachement fondamental à la terre, à sa faune. Au rythme des saisons, c’est un véritable voyage au coeur de la Finlande jusqu’en Laponie, le cercle polaire et l’URSS (puisque nous sommes en 1975). L’histoire est déroutante, au premier abord insolite mais les aventures de Vatanen et de son lièvre nous emportent rapidement sur les routes, les chemins du pays des glaces. Un roman drôle, décalé et pas forcément aussi léger qu’il pourrait y paraître.

Le lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna – traduit du finnois par Anne Colin du Terrail – Editions de poche Folio



3 commentaires :

le cosmetologue a dit…

hello caroline,

je pense me laisser tenter par ce roman, j'ai envie de sortir un peu des sentiers battus.... juste une question: ce livre n'est pas trop hermétique? je suis un peu traumatisé par les descriptions à la balzac.... beaucoup de longueur....

Caroline a dit…

J'ai l'impression que Balzac a traumatisé un certain nombre de lycéens. Arto Paasilinna a une écriture fluide et nerveuse. Peu d'adjectifs, des phrases plutôt courtes. Peut-être faudrait-il découvrir cet auteur par un livre plus léger une sorte de comédie à l'anglaise mais en Finlande. Je te conseille donc plutôt La douce empoisonneuse.

Le cosmetologue a dit…

hello hello
ah Balzac a véritablement traumatisé mes années lycées...effectivement je préfère une écriture plus nerveuse, un rythme plus soutenu. Merci pour le conseil, je vais faire une recherche sur "la douce empoisonneuse" Merci encore !!!!

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