lundi 19 mars 2012

Lundi Librairie : Les Filles de l'ombre de Mathieu Terence



Mathieu Terence cultive un certain dandysme intellectuel, une préciosité de la forme au service d’un contenu violent. Une stylisation extrême qui pourrait expliquer la confidentialité relative de ses précédents ouvrages. Les Filles de l’ombre est un recueil composé de dix nouvelles aux accents nervaliens qui jouent avec la mort. Chacun de ces 10 morceaux de bravoure a pour sujet un portrait de jeune fille forcément perturbée. C’est aussi un hommage renouvelé à la grande littérature. Les pièces les plus réussies nous évoquent Nabokov, Boccace ou bien Morand. L’auteur erre entre sensualité trouble et franche pornographie, amours contre nature et perversions. Projection de fantasmes, dépravation de l’esprit et des corps.

La femme représentée est lubrique, nymphomane, folle. L’homme apparaît comme une ombre de satyre priapique. Dans son culte de l’obscur, du morbide, il est dommage que Terence se laisse aller au sanguinolent ou à l’érotique trash qui sied mal à son maniérisme. Le clair-obscur et le non-dit  permettent à son affectation d’atteindre une remarquable dimension littéraire. 

L’auteur adopte une démarche esthétisante marquant ainsi sa volonté de se désolidariser de l’avant-garde. Cette démarche explique le manque de justesse quand il s’essaie au dialogue mais fonctionne admirablement par ailleurs. 

Ce recueil est étrange, torturé, sombre comme ses filles. Parfois inégal, il ne manque pas d’intérêt ne serait-ce que pour son style, des nouvelles subtilement menées et l’effroi palpable de la page à venir.

Les Filles de l’ombre – Mathieu Terence – Editions Phébus libretto

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